Economie - Mars 2010
Aurélien RENARD,
Chargé de mission bois-énergie Vendée

Bois-énergie : la Vendée précise la donne

Face à l’intérêt que représente le bois comme source d’énergie renouvelable, le Conseil Général de la Vendée a souhaité connaître la ressource réellement mobilisable. En effet, la ressource brute reste souvent une donnée virtuelle si elle n’est pas confrontée aux facteurs qui limitent les possibilités de mise sur le marché. Cette approche est d’autant plus importante en Vendée dont le taux de boisement (5,2 %) est un des plus faibles de France. Ne pas gaspiller cette ressource, nécessite de mieux connaître, sur le terrain, la réalité des disponibilités en forêt et les partenariats possibles avec l'agriculture, l'industrie, les collectivités. La démarche retenue est originale mais peut s’appliquer à l’ensemble de la région.

Un gisement de bois énergie conséquent

L’étude commanditée par le Conseil Général de Vendée devait fournir une estimation qualitative et quantitative des gisements de bois potentiellement utilisables à des fins énergétiques. Parmi les différents gisements existants, deux concernaient plus particulièrement les forestiers et agriculteurs :

  • le gisement forestier constitué des forêts privées de plus de 4 ha,
  • le gisement bocager constitué des forêts privées de moins de 4 ha et des haies.

Les haies, premier gisement disponible pour le bois énergie en Vendée

L’étude a révélé que les forêts de plus de 4 ha, soit environ 17 000 ha, ne représentent qu’à peine 30 % du capital de bois sur pied en Vendée. Les 70 % restants se répartissent à peu près équitablement entre les haies et les bosquets. L’ensemble constitue néanmoins un capital important qui relativise l’image d’une Vendée peu boisée. Cependant, seul le volume de bois produit annuellement peut être récolté sous peine de voir le capital bois se réduire.

Aujourd’hui, cette production annuelle est mobilisée en grande partie, que ce soit pour du bois énergie ou du bois d’œuvre. Dans le volume restant, tout ne peut pas être utilisé pour le bois énergie. Finalement, comparée aux volumes disponibles liés à l'activité industrielle, la part de bois énergie supplémentaire est relativement restreinte (voir graphique).

 

Des volumes supplémentaires disponibles….

La baisse de l’entretien et de l’exploitation des haies depuis de nombreuses années génère aujourd'hui des volumes mobilisables importants. Il existe aussi en forêt des volumes qui ne sont actuellement pas valorisés. Cette ressource, dite disponible, correspond, toutes surfaces confondues, essentiellement aux premières éclaircies résineuses qui, dans la majorité des cas, ne sont pas réalisées en temps voulu ou restent au sol faute de débouché. Moins importantes, mais néanmoins non négligeables, les têtes de peupliers qui sont souvent broyées et abandonnées, ou brûlées sur place représentent aussi des volumes disponibles intéressants. Ceux-ci sont estimés à 45 250 tonnes/an (82 600 m3/an) dont moins de 10 % se trouvent en forêt. Ce volume supplémentaire, complémentaire de ceux déjà exploités par les autres filières (bois d’oeuvre, bois d’industrie, bois bûche), représente de quoi alimenter un certain nombre de projets de chaudières !

Mais encore difficile à mobiliser !

Des scénarios ont été élaborés afin d’évaluer la ressource réellement mobilisable. En effet, les contraintes qui s’opposent à la récolte des volumes supplémentaires, notamment les premières éclaircies résineuses et les têtes de peupliers, sont multiples. En premier lieu les contraintes économiques, mais aussi les contraintes techniques (pente, desserte, petite taille du parcellaire, …), environnementales, réglementaires. De plus, quel que soit le scénario retenu, 15 % de la ressource dite disponible, n'est jamais mobilisable. Les causes en sont nombreuses, principalement liées aux pertes de récoltes, à l'absence de propriétaires connus ou tout simplement au refus de s'engager dans la démarche. Sur les 85 % restant, la proportion mobilisable augmente au fur et à mesure du déblocage des différents freins limitant la mise en marché.

Parmi les freins à la mobilisation totale ou partielle de cette ressource supplémentaire, le prix au m³ de bois sur pied proposé au propriétaire est sûrement l’un des plus importants. Celui-ci est encore bas en raison des coûts engendrés par les différents travaux d’abattage, de débardage mais surtout à cause des coûts de transport et de stockage. La mise en place d’une organisation adéquate peut résoudre en partie cette question. Pour lever les autres obstacles à la mobilisation et faire en sorte que cette filière puisse se développer différentes pistes doivent être travaillées, variables en fonction de la localisation de la ressource. En forêt trois points sont prioritaires :

  • l’adhésion aux documents de gestion durable pour la forêt (Plans Simples de Gestion, Code des Bonnes Pratiques Sylvicoles ou Règlements-types de gestion) ainsi que l’adhésion à la certification forestière (PEFC) pour la vente des bois. Ce dernier point est très important car depuis le début de l’année, les marchés publics exigent de la plaquette certifiée « gestion durable » pour pouvoir être utilisée dans les chaudières !
  • le regroupement des propriétaires forestiers (surtout les petits propriétaires) afin de permettre et de faciliter l’exploitation de leurs parcelles,
  • la desserte : c’est un facteur primordial dans la gestion d’une forêt. Or, beaucoup de propriétés sont très mal desservies et sont donc pénalisées lors de l’exploitation des bois. Une aide accordée à l’investissement dans la desserte existe mais encore peu de propriétaires mesurent l’importance de ces travaux qui ouvriraient de nouvelles perspectives quant au devenir des bois.

En ce qui concerne la ressource bocagère, plusieurs actions doivent être menées conjointement :

  • développer un document de gestion durable adapté au bocage, comme un Plan de Gestion Durable des Haies,
  • permettre aux haies de bénéficier d’une certification identique à celle existant pour les forêts (PEFC). • inciter les propriétaires de bois de moins de 4 hectares à adhérer au Code des Bonnes Pratiques Sylvicoles et à faire certifier leur gestion (démarche unique avec PEFC).
  • développer la ressource : en plantant des haies productives et faciles à exploiter, en convertissant des types de haies peu productives (haies buissonnantes par exemple) en haies formées d’arbres de hauts jets et/ou de têtards, en plantant des Taillis à Courte Rotation (TCR) et/ou à Très Courte Rotation (TTCR).

Une organisation de la filière est indispensable

Cette filière demande à être structurée afin de faire le lien amont-aval entre les producteurs et les consommateurs. Cela permettrait, d’une part, de garantir au consommateur un volume de bois de qualité nécessaire à l’alimentation du matériel de chauffage et d’autre part d’assurer l’achat de bois au producteur à des prix contractualisés.

Plus généralement au niveau du département vendéen, le gisement bois énergie d’origine forestière est minoritaire comparé au gisement provenant des haies. Et les gisements forestier et bocager réunis ne représentent qu’un tiers de la ressource globale en bois énergie du département, toutes filières confondues. Le gisement industriel (déchets, produits connexes de scieries) fournit, en effet, les deux tiers de cette ressource globale. La ressource forestière paraît ainsi minoritaire face aux autres ressources. Elle ne peut pourtant pas être négligée. Mais pour cela, tout comme les propriétaires de haies, les forestiers doivent résoudre la question de la mobilisation tout en garantissant une récolte durable. En forêt, deux sources majeures de bois énergie ont été mises en évidence : les éclaircies résineuses et les têtes de peuplier.

Trois contraintes majeures ont été soulignées : le prix non incitatif proposé au propriétaire, le morcellement des propriétés qui n’encourage par les entreprises de travaux forestiers et l’insuffisance de la desserte forestière dans de trop nombreux cas. L’effort de mobilisation doit passer par l’organisation de la filière dans son ensemble, de l’amont (l’abattage) vers l’aval (la livraison), en passant par le stockage. Le parc matériel lui est complet et la filière bois énergie - que ce soit pour le bois bûche ou la plaquette - est aujourd’hui complètement mécanisable.