Technique - Septembre 2011
Christian Weben,
Ingénieur CRPF

Choisir entre la régénération naturelle et artificielle

Nos forêts de chênes sont vieillissantes, ce qui impose de penser à leur renouvellement. La question du choix entre la régénération naturelle et la plantation se pose alors. Chaque méthode a ses adeptes et ses détracteurs qui annoncent régulièrement, preuves à l’appui, que leur solution est la plus économe. Pourtant, il est bien difficile de répondre définitivement à cette question. Si les coûts moyens sont proches, chaque situation est un cas particulier. Ce sont les conditions locales qui doivent faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre.

La régénération naturelle consiste à accompagner le cycle de reproduction spontané des arbres en renouvelant le peuplement à partir des graines qu’il produit. En régénération artificielle les arbres mûrs sont remplacés par de jeunes plants achetés dans une pépinière spécialisée.

Quelques grandes tendances se dégagent

En régénération naturelle, les chênes produisent gracieusement et plus ou moins régulièrement les graines qui formeront le futur peuplement. L’investissement initial est donc peu onéreux, mais deux paramètres viennent rapidement grever le budget du propriétaire.
Tout d’abord, il faut dégager les semis de la végétation d'accompagnement et les dépresser, c’est-à-dire diminuer leur nombre pour éviter qu’ils ne s’étouffent entre eux. Ces opérations doivent être répétées pendant plusieurs années, ce qui  engendre  des  frais  non  négligeables.
Deuxièmement, comme tout phénomène naturel, ce mode de régénération est aléatoire. Les glandées sont parfois partielles  et  le  sauvetage  des  semis n’est pas automatique. Ils peuvent être asphyxiés par des sols qui s’engorgent en eau ou encore envahis et étouffés par l’apparition d’une végétation d'accompagnement (ronces, graminées, fougères)
dont la vigueur a été sous estimée... Les semis peuvent aussi être mal répartis sur la parcelle. Les travaux induits pour rétablir la situation augmentent alors rapidement la facture. Pour résumer, une régénération naturelle est économique, si tout se passe bien.
La régénération artificielle se caractérise par un investissement initial plus important. Il faut acheter les plants, les planter, les protéger contre les dégâts de gibier. Ce seul budget peut approcher le coût de certaines régénérations naturelles tous travaux compris. Par contre, les entretiens s’avèrent souvent moins onéreux. Les dégagements concernent peu de plants, qui sont par ailleurs plus faciles a repérer. Quant aux dépressages, ils s’avèrent inutiles puisque le nombre de  tiges  installées  est  faible  comparé au nombre de semis présents dans une régénération naturelle. De plus, sous réserve d’une étude de station bien menée, d’un chantier bien préparé et bien conduit, la réussite d’une plantation est moins sujette aux aléas. Pour résumer, une régénération artificielle est économique, si tout se passe bien.

Ainsi, les coûts de renouvellement sont voisins dans les deux cas, compris entre 2 500 et 5 000 €/ha. Le plus souvent, ce qui va faire la différence c’est la qualité de la préparation et du suivi du renouvellement. En régénération naturelle comme artificielle cette opération doit être préparée avec soin en programmant un suivi fréquent (au moins une visite par an dans le courant du mois de mai, pendant 4 à 5 ans) et en prévoyant dans la durée les moyens nécessaires pour réaliser les interventions obligatoires en temps et en heure.

Des adaptations techniques réduisent les coûts

Les techniques utilisées pour la mise en oeuvre de ces deux modes de renouvellement ont évolué ces dernières années dans le sens d’un meilleur rapport efficacité sur investissement. Pour les régénérations naturelles de chêne, l’Institut pour le Développement Forestier préconise désormais l’ouverture de cloisonnements sylvicoles de 2 à 2,5 mètres de large, espacés de 4 à 5m d’axe en axe. Broyé régulièrement, ce réseau très dense diminue de 40 a 70 % la surface des lignes de semis à entretenir et à dépresser, tout en sécurisant et facilitant le travail. Le principal poste de dépenses s’en trouve ainsi diminué.
Pour la régénération artificielle de cette même essence, c’est au niveau des densités d’installation que les techniques ont le plus évolué. Il est désormais conseillé, en présence d’un recrû ligneux, d’abaisser la densité de plantation entre 900 à 1200 tiges par ha. Cela diminue mécaniquement les coûts, sans pour autant hypothéquer la qualité du futur peuplement. Il est important aussi de ne pas perdre de vue que, dans les deux cas, la baisse des  coûts  est  principalement  générée par la baisse des densités. La contrepartie de ces économies est une augmentation de l’exigence de réussite. Un taux de mortalité de 25 % dans une plantation réalisée à une densité de 2000 plants par hectare est supportable. Il ne l'est plus dans une plantation dont la densité est de 1200 plants par hectare.
Le  choix  entre  régénération  artificielle et naturelle est un choix de gestion délicat.  Celui-ci  dépend  en  premier  lieu des moyens techniques dont dispose le propriétaire pour gérer sa forêt. C'est ensuite qu'il faut prendre en considération l'état du peuplement.
Evaluer  les  implications  d'une  option par rapport à une autre, en forêt comme ailleurs, n'est pas toujours facile. Dans tous les cas, cela ne doit pas être un facteur conduisant le propriétaire à repousser cette étape clé de la vie d’un peuplement. Renouveler un peuplement avant les premiers signes de dépérissement, au moment choisi, est un atout de plus pour réussir.

D’après un article de A. Guyon et A.Thillou (CRPF Poitou-Charentes), avec l’aimable collaboration de J. Lemaire (Institut pour le Développement Forestier)