Les peuplements forestiers mélangés | CRPF Pays de la Loire
Technique - Mai 2011
Cédric BELLIOT,
Technicien CRPF

Les peuplements forestiers mélangés

Selon l’Inventaire Forestier National (IFN), un peuplement est pur si une seule espèce d’arbre couvre plus de 75 % de la surface. Au-dessous de ce seuil, le peuplement est dit mélangé (même avec seulement deux espèces). Le mélange peut s’observer pied à pied, par bouquet (îlot inférieur à 50 ares) ou par parquet (îlot compris entre 0,5 et 1 ha). Ainsi en Pays de la Loire, 48 % des forêts sont mélangées (dont une grande partie avec 2 essences). La majorité de ces mélanges est constituée de feuillus. Les peuplements mixtes (feuillus-résineux) sont aussi fréquents.

 Le mélange est une dynamique naturelle qu’il convient d’accompagner

Les formations forestières sont souvent naturellement mélangées. Néanmoins, les stations forestières déterminent des dynamiques naturelles très diverses : certains milieux sont très favorables au mélange, d’autres beaucoup moins. Lutter contre la dynamique naturelle d’une station est coûteux. C’est aussi souvent un combat perdu d’avance. Dès que l’action visant à réduire le mélange se relâche, la nature reprend ses droits. Il est donc préférable de composer avec la dynamique du mélange et ce d’autant plus que celui-ci apporte des atouts précieux.

Les forêts mélangées sont moins sensibles aux risques sanitaires

Elles sont moins vulnérables aux attaques d’insectes (par exemple la cochenille du pin maritime est plus abondante dans les peuplements purs qu’en mélange avec le pin laricio). Pour les rongeurs (du lièvre au campagnol) les dégâts sont, en général, plus élevés dans les peuplements purs. Pour les champignons, l’effet du mélange est positif également (par exemple, le fomes sur les résineux est moins présent dans les peuplements mixtes). Les bouleaux en mélange dans les pineraies limitent le développement des chenilles processionnaires, les dégâts de «neige lourde» et l’acidification des sols.
Le mélange des essences réduit aussi les risques de perte totale du peuplement, notamment à une période où les aléas climatiques sont accentués. Les risques d’échecs étant limités, la probabilité d’obtenir un peuplement final de qualité (par exemple 70 chênes/ha bien répartis) est améliorée.

Les forêts mélangées se reconstituent mieux après sinistre

La résilience (capacité de la forêt à se reconstituer) des peuplements mélangés est meilleure après tempête ou incendie. Les peuplements mixtes sont les plus résilients grâce aux feuillus qui repoussent de souche. Après un incendie, certaines espèces de résineux se régénèrent, comme le pin maritime dont les graines sont plus résistantes. Le mélange permet de créer une bonne ambiance forestière favorable au développement des semis : complémentarité entre essences, prospection racinaire, gainage, appétence différenciée du gibier, …

Les forêts mélangées s’adaptent mieux aux fluctuations économiques

La diversification des essences permet de diminuer l’impact de la mévente de certaines espèces au cours du temps et à l’inverse de répondre aux opportunités de marché selon le cours des essences. L’effet « pépite » peut être obtenu pour certaines essences (alisier torminal, cormier, merisier, érable sycomore…). Les bois précieux de haute qualité ne représentent que 1 à 2 % des volumes extraits en forêt mais peuvent générer jusqu’à 20 à 30 % du chiffre d’affaires.
L’alisier torminal reste une essence très recherchée. Un record de vente a été obtenu dans l’Est de la France en 2007 : 9000€/m3  pour une grume de 4 m de long et un diamètre moyen de 53 cm.

Les forêts mélangées sont plus accueillantes

C’est une évidence que de dire que le mélange des essences enrichit la biodiversité. Par exemple, l’avifaune est plus diverse dans les peuplements pin/chêne que dans les peuplements purs. La variété des végétaux favorise l’accueil d’espèces de gibiers plus nombreuses. Les peuplements purs de résineux sont souvent stigmatisés et rejetés par le grand public. Le reproche principal est la monotonie de ces paysages alors que les forêts mélangées sont plébiscitées. Le mélange diversifie le paysage, favorise la qualité des eaux, …

Les forêts mélangées génèrent des contraintes bien appréhendées

Complexité de gestion induite par les tempéraments différents des essences

L’évolution des croissances juvéniles en hauteur est très différente selon les essences. Les exigences en lumière et la résistance à l’ombre déterminent les interactions entre les arbres. Par exemple la pression latérale du hêtre ou du charme (essences d’ombre) facilite l’élagage naturel et la croissance en hauteur des essences de lumière telles que le chêne ou le bouleau. A l’inverse, ces deux essences n’ont pas cette capacité vis à vis du hêtre (essence d’ombre).
Le rôle du forestier consiste dans ce cas à « accompagner la nature » en dosant le mélange et en favorisant les essences minoritaires (alisier, cormier,…) pour leur valeur économique, patrimoniale et leur capacité d’adaptation aux changements climatiques. 
En plantation, il est conseillé de se limiter à deux ou trois essences nobles pour réduire la complexité de gestion.
Il est indispensable de connaître les caractéristiques de croissance des différentes essences pour que le mélange choisi aboutisse à une complémentarité optimale. Cela permet de réduire d’autant les interventions humaines (dégagements, tailles de formation, …) de plus en plus coûteuses au fil des années.
L’objectif est de produire du bois d’œuvre de qualité (bille de pied) en essences diversifiées, le plus rapidement possible et au moindre coût.
L’irrégularisation permet un large choix de combinaisons d’essences. En revanche, si le souhait se porte sur la régularisation des peuplements, il est conseillé de mélanger des essences susceptibles d’avoir le même âge d’exploitabilité comme par exemple :

  • mélange résineux : pin maritime/pin laricio,
  • mélange feuillus : chêne rouvre/alisier torminal ou frêne/hêtre,
  • mélange mixte : douglas/châtaigner/ merisier ou pin laricio/chêne rouge ou pin sylvestre/chêne rouvre.

Ces combinaisons permettent ainsi de récolter chaque essence lorsqu’elle a atteint son optimum de croissance et de valeur.

A l’inverse, le mélange châtaignier/chêne rouge est à éviter, ce dernier pouvant être contaminé aussi par l’encre du châtaignier. Les essences forestières en mélange se divisent en trois catégories selon leur âge d’exploitabilité :

  • mélange final : chêne, hêtre, alisier torminal, cormier, tilleul, érable champêtre, charme. Ces essences atteignent en même temps leur diamètre optimum de bois de qualité,
  • mélange temporaire : merisier, frêne, aulne, bouleau. Ces essences doivent être récoltées assez précocement car elles se déprécient en avançant en âge. Elles n’ont donc pas vocation, en mélange, a composer le peuplement final, sauf si bien sûr elles constituent l’essence objectif,
  • mélange intermédiaire : châtaignier, douglas, pin. Ces essences peuvent être valorisées assez précocement mais aussi plus tardivement sans se déprécier.

Complexité en exploitation et en commercialisation par l’hétérogénéité des lots de bois

L’installation d’un cloisonnement d’exploitation est un préalable indispensable à la récolte de bois dispersés.
Les éclaircies sélectives devront conjuguer plusieurs objectifs : améliorer le peuplement, favoriser le mélange des essences et récolter des lots de bois homogènes et étoffés en volume. La vente bord de route avec un tri des bois façonnés est alors conseillée. Ce système permet de valoriser au mieux les bois et répondre ainsi aux marchés ciblés. Mais il demande un vrai savoir faire et une bonne connaissance des marchés. Les frais d’exploitation sont dans ce cas supérieurs mais en règle générale rapidement amortis avec la plus-value à la vente. De plus, la meilleure maîtrise de l’exploitation réduit les dégâts au sol et au peuplement restant sur pied. 

En dépit des difficultés évoquées ci-dessus, les peuplements mélangés présentent des atouts incontestables notamment la réduction des incidences d’ordre sanitaire et économique. Ils permettent, dans un contexte d’évolution climatique, de répartir les risques.
L’obtention de résultats probants ne peut se faire que grâce à la formation des sylviculteurs à ces techniques de gestion, ou par l’intermédiaire de gestionnaires qualifiés.