En France, la forêt est très présente et appréciée. Elle couvre 30% du territoire métropolitain, progresse depuis deux siècles et appartient aux trois-quarts à des propriétaires privés. Elle est un lieu privilégié de promenades pour les 80% d’habitants urbains qui y recherchent « le calme, l’air pur et le contact avec la nature ». En Pays de la Loire, préserver la biodiversité forestière fait partie des préoccupations de la Région, bien que les habitats forestiers y apparaissent comme relativement épargnés par les pressions anthropiques.
La Réserve Naturelle Régionale (RNR) est un des outils de la riche palette d’outils de préservation et de gestion des espaces naturels. On y distingue les désignations internationales, comme les zones humides d’importance internationale RAMSAR, les protections foncières, comme les acquisitions du Conservatoire du Littoral, les protections contractuelles comme Natura 2000, et enfin, les protections réglementaires auxquelles appartiennent les RNR. Les RNR sont issues de la loi de décentralisation de 2002 relative à la démocratie de proximité du 27 février 2002. Elles sont, aujourd’hui en France, au nombre de 107 et protègent 27 500 ha.
La Région des Pays de la Loire apparaît, au niveau national, dans le trio de tête des régions qui ont classé le plus de RNR, avec 13 RNR qui représentent 1232 ha (soit 0,04%de la région). Le souhait de poursuivre cette dynamique et l’absence de RNR en forêt ont incité la Région à solliciter les chefs de file régionaux « forêt », dont le Centre régional de la propriété forestière (CRPF), pour engager une réflexion en ce sens..

Projet de création de réserves naturelles régionales en forêt privée.

Cette étude régionale sur les enjeux environnementaux des forêts s’est basée sur la cartographie des espèces floristiques et faunistiques prioritaires. Elle a permis, dans la limite des données exploitées, de poser les bases d’une méthode qui ne demande qu’à s’enrichir de nouvelles données. Le critère qualitatif de l’ancienneté des forêts nous est aussi apparu intéressant, malgré l’imprécision de la Carte de Cassini. De plus, l’entrée « forêt ancienne » peut servir de levier pour intéresser un plus grand nombre à la biodiversité forestière et, en premier lieu, les propriétaires forestiers privés qui ont un attachement souvent fort à leur forêt depuis plusieurs générations. Pour progresser dans l’étude, il est un fait que l’enjeu d’acquisition de données est majeur pour la forêt privée.

Après des périodes de réticence de la part des propriétaires, l’heure semble à l’ouverture. L’occasion doit être saisie, mais elle doit l’être avec l’intention de partager avec eux ces connaissances et plus largement avec l’ensemble des citoyens, afin de permettre à chacun de prendre conscience de sa place dans un ensemble vivant, complexe et dynamique. La connaissance naturaliste ne peut pas rester prisonnière d’un cercle d’initiés, de même que les espaces naturels remarquables ne peuvent pas être tous soustraits à l’économie locale. Les gestionnaires « classiques » des territoires – forestiers, agriculteurs – devraient pouvoir continuer à l’être quand leur propriété est classée en réserve naturelle.

Des « RNR pilotes » pourraient ainsi servir de laboratoires d’évolution des pratiques de gestion sylvicole courante dans un objectif de non-perturbation de la biodiversité ou de compensation des pertes. Pour encourager les initiatives des propriétaires forestiers privés, la Région des Pays de la Loire pourrait aussi développer des modalités de subventions qui leur soient dédiées. Il est difficilement envisageable pour un propriétaire forestier privé, même motivé, de supporter 50% du montant des études naturalistes nécessaires au montage du dossier de demande de création de RNR. Enfin, parce que l’enjeu de préservation de la biodiversité dépasse très largement le classement de quelques portions de forêts en réserves naturelles, cette étude doit être l’occasion de poser les bases d’une plate-forme de la connaissance de la biodiversité forestière régionale.

Cet outil pourrait venir conforter le rôle, déjà majeur, du CRPF auprès des propriétaires privés pour la prise en compte des enjeux de biodiversité au quotidien dans leurs actions de gestion courante. Du côté des propriétaires privés, des évolutions contribueraient aussi à ce mouvement de fond comme des documents de gestion durables collectifs permettant une approche globale du fonctionnement écologique d’une forêt. Car respect de la propriété privée et gestion collective ne sont pas forcément incompatibles.p>

Vous pouvez consulter le rapport de l'étude menée en 2012