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Évaluer la valeur écologique des arbres et du bois mort

Évaluer la valeur écologique des arbres et du bois mort

Les arbres à haute valeur écologique sont des arbres, vivants ou morts, qui portent plusieurs types de microhabitats : cavités, fentes, bois mort, polypores. Chaque espèce de pic, de chauve-souris ou d'insecte du bois y trouve son gîte : en forêt, ces arbres-habitats soutiennent la biodiversité de tout le peuplement.

La valeur écologique d'un arbre de forêt se lit au nombre de types de microhabitats qu'il porte, pas à son âge ni à sa taille seule. Pour les forêts publiques, l'Office national des forêts (ONF) demande de laisser au moins un arbre mort ou sénescent et deux arbres à cavités, vieux ou très gros, par hectare. Choisis loin des chemins, ces arbres ne coûtent presque rien au propriétaire et protègent plus d'une espèce rare de la forêt.

Pourquoi un vieil arbre n'a pas toujours une haute valeur écologique

Un arbre à haute valeur écologique se reconnaît à ce qu'il offre aux autres organismes, et non à son diamètre ou à son âge. Deux chênes du même âge peuvent n'avoir rien de commun : l'un, sain et lisse, n'héberge que peu d'occupants, l'autre, marqué par une branche cassée, une fente de gel et un champignon, accueille plusieurs communautés distinctes. Ce qui fait la différence, ce sont les microhabitats, ces petites structures portées par le tronc ou le houppier.

Les forestiers appellent « arbre-habitat » un sujet qui en porte plusieurs. L'âge aide, car les blessures et les pourritures s'accumulent avec les décennies, mais un arbre jeune frappé par la foudre peut valoir davantage qu'un centenaire indemne. Les essences comptent aussi : le chêne, le hêtre et les fruitiers forestiers développent des cavités plus volontiers que le pin sylvestre ou le douglas, dont l'écorce et la résine protègent le bois.

Un grand nombre d'organismes vivent de ces arbres : oiseaux cavernicoles, chauves-souris, coléoptères saproxyliques, champignons, mousses et lichens. Les organismes de gestion comme l'ONF ou le CNPF rappellent qu'une fraction notable des espèces forestières dépend, à un moment de son cycle, du bois mort ou d'un arbre dépérissant. Retirer systématiquement ces sujets lors des coupes appauvrit donc la forêt bien plus que ne le laisse croire leur faible volume.

Les sept formes de microhabitats à reconnaître sur le terrain

Les microhabitats d'un arbre se rangent en sept grandes formes, d'après la typologie européenne publiée en 2018 par Laurent Larrieu et ses coauteurs dans la revue Ecological Indicators, qui les détaille ensuite en 15 groupes et 47 types. Sur le terrain, ces sept formes suffisent à orienter un relevé :

  • Cavités : loges creusées par les pics, à l'ouverture nette et ronde, cavités de pourriture à l'aisselle d'une branche cassée, souvent remplies de terreau, et cavités à la base du tronc.
  • Blessures et bois apparent : fentes nées du gel ou de la foudre, écorce décollée sur les sujets dépérissants, plages de bois mis à nu après la chute d'une branche voisine.
  • Bois mort dans le houppier : branches mortes de fort diamètre restées en place, cime brisée ou sèche.
  • Excroissances : broussins, chancres, loupes, gourmands très denses qui créent des recoins abrités.
  • Champignons et myxomycètes : polypores en console, indicateurs d'une pourriture interne déjà installée.
  • Structures épiphytes : lierre couvrant, mousses et lichens abondants, nids de grande taille.
  • Exsudats : coulées de sève ou de résine qui attirent une faune d'insectes spécialisée.

Chaque forme correspond à un milieu différent : sec ou humide, ouvert ou fermé, chaud ou ombragé. Les fentes étroites et les décollements d'écorce servent de gîte aux chauves-souris, le terreau des cavités de pourriture nourrit des larves de coléoptères rares, les polypores hébergent leurs propres cortèges d'insectes.

Qui habite quoi : les microhabitats et leurs occupants

La correspondance entre une forme de microhabitat et ses habitants explique pourquoi la diversité des formes compte plus que leur nombre. Le tableau met en regard les structures les plus faciles à repérer et les groupes qui les occupent.

MicrohabitatSigne de reconnaissanceOccupants typiques
Loge de picTrou rond, bords nets, souvent sous une branchePics, mésanges, sittelles, chouettes, chauves-souris, loirs
Cavité à terreauOuverture irrégulière, fond rempli de bois décomposéColéoptères saproxyliques rares, dont le pique-prune
Fente et écorce décolléeFissure verticale, plaque soulevéeChauves-souris arboricoles, grimpereaux, araignées
Branche morte de fort diamètreRameau sec sans feuilles dans le houppierInsectes xylophages, pics en quête de nourriture
Polypore en consoleFructification dure, en étagère, sur le troncInsectes fongivores, acariens

Les besoins des espèces les plus exigeantes sont décrits dans les fiches consacrées aux chauves-souris arboricoles et aux pics et à la gestion du peuplement, deux groupes qui dépendent directement des arbres à cavités.

Comment noter un arbre lors du martelage

La notation d'un arbre à haute valeur écologique repose sur un comptage simple : le nombre de types de microhabitats présents, et non leur nombre total. Un sujet portant une cavité, une fente et un champignon vaut mieux que celui qui porte trois cavités identiques, car il héberge trois communautés au lieu d'une.

Un relevé en trois gestes

Le relevé se fait sur les arbres candidats à la conservation, pas sur tout le peuplement, à l'occasion d'une coupe d'amélioration ou d'une coupe de régénération. Le forestier fait le tour du tronc à quelques mètres, observe le houppier aux jumelles par temps clair, puis note sur sa fiche les formes vues et le diamètre à hauteur de poitrine. Un marquage discret, un triangle ou un « H » à la peinture, signale ensuite le sujet aux bûcherons pour qu'il reste debout. L'hiver, sans feuilles, facilite la lecture des branches mortes et des loges.

Ce classement rend la décision explicite et transmissible : un acheteur de coupe, un gestionnaire successeur ou un héritier comprend pourquoi tel chêne reste sur pied. Il sert aussi à justifier la conservation dans un plan simple de gestion ou un document de certification. La note obtenue nourrit enfin l'indice de biodiversité potentielle (IBP) du CNPF, qui prend en compte les dendromicrohabitats parmi ses dix facteurs.

Arbre mort, gros bois et vieux bois : la part cachée de la forêt

Un arbre mort sur pied garde souvent une haute valeur écologique, parfois supérieure à celle d'un sujet vivant. Les chandelles, ces troncs morts restés debout, offrent des loges chaudes et sèches aux pics et aux chauves-souris. Une fois au sol, le même volume prend le relais pour d'autres espèces : champignons, mousses, larves de coléoptères, amphibiens qui s'abritent sous le tronc humide.

Les bois morts de gros diamètre restent les plus précieux. Une branche fine se décompose en quelques années ; un fût épais met plusieurs décennies à disparaître et accueille une succession d'occupants tout au long de sa décomposition. L'IBP distingue d'ailleurs les gros bois et les très gros bois, ces derniers au-delà de 67,5 cm de diamètre dans la plupart des stations, comme un facteur à part entière.

À l'échelle d'un massif, ces éléments s'organisent en trame de vieux bois. L'ONF combine trois outils dans les forêts publiques : les arbres-habitats isolés, les îlots de vieillissement, où la récolte est simplement retardée, et les îlots de sénescence, laissés sans exploitation jusqu'à l'effondrement des arbres. Un propriétaire privé peut s'en inspirer à son échelle, sans obligation légale, en réservant un bouquet d'arbres âgés dans une zone peu accessible.

Ces îlots prennent tout leur intérêt quand ils se relient. La trame verte et bleue, inscrite dans le code de l'environnement, vise la préservation des continuités entre milieux : une ripisylve le long d'un cours d'eau, une haie de bocage ou une lisière âgée servent de passage entre deux îlots. La présence d'arbres-habitats tous les quelques centaines de mètres maintient ainsi un écosystème connecté, à l'échelle du paysage, pour des insectes qui se déplacent peu. Le maintien de cette trame de vieux bois sur plusieurs décennies compte davantage qu'un effort ponctuel.

Combien d'arbres-habitats garder par hectare ?

La référence la plus citée en France vient de l'ONF : au moins un arbre mort ou sénescent par hectare et au moins deux arbres à cavités, vieux ou très gros, par hectare, dans les forêts publiques. Ces chiffres constituent un minimum de gestion courante, pas un objectif écologique optimal ; plusieurs travaux européens plaident pour davantage là où la biodiversité saproxylique est en jeu.

Pour une forêt privée, ces repères n'ont rien d'obligatoire, mais ils offrent une base de discussion avec le gestionnaire. Garder dix arbres à l'hectare choisis pour leurs microhabitats n'a pas le même effet que dix arbres pris au hasard, et le surcoût reste nul puisqu'il s'agit du même nombre de tiges soustraites à la récolte. Les sujets retenus sont en général ceux qui ont le moins de valeur marchande : troncs creux, fendus ou tordus que la scierie paierait mal.

Le choix de l'emplacement pèse autant que le nombre. Un arbre-habitat au bord d'un chemin fréquenté, d'une route ou d'une ligne électrique pose un problème de sécurité et risque d'être abattu tôt ou tard. Mieux vaut le chercher au cœur des parcelles, dans un vallon, près d'un cours d'eau ou dans une zone de pente peu exploitée. Le code forestier et la responsabilité civile du propriétaire restent applicables : un sujet dangereux près d'un passage public se signale ou se sécurise.

Vieux arbres, carbone et changement climatique

Les vieux arbres stockent une grande quantité de carbone dans leur tronc, leurs racines et le sol qui les entoure. Un peuplement âgé, riche en gros sujets et en bois mort, fonctionne comme un puits de carbone durable : le dioxyde de carbone capté pendant des décennies reste immobilisé tant que le bois n'est ni brûlé ni totalement décomposé. Garder quelques arbres-habitats ne transforme pas le bilan d'une forêt, mais retarde le retour d'une partie de ce stock dans l'atmosphère, où il renforce l'effet de serre.

Le changement climatique modifie aussi la donne. Sécheresses répétées, scolytes et dépérissements multiplient les arbres morts dans certains peuplements, ce qui crée des microhabitats en abondance mais pose des questions sanitaires et de sécurité. Le Département de la santé des forêts (DSF), rattaché au ministère de l'Agriculture, suit chaque année la santé des peuplements ; ses bilans des années 2018 à 2022 décrivent des dépérissements accrus après les sécheresses. Un arbre-habitat ne menace pas la santé de ses voisins quand il s'agit d'un feuillu à cavités, alors qu'un épicéa colonisé par les scolytes se retire vite. Un couvert forestier diversifié, mêlant essences, âges et quelques sujets sénescents, résiste en général mieux aux crises qu'une futaie régulière homogène. Les arbres-habitats participent à cette diversité de structure, au même titre que les lisières et les clairières.

Pour un propriétaire qui considère sa forêt comme un investissement durable, cette part de vieux bois n'est pas une perte sèche : elle soutient les prédateurs naturels des ravageurs, comme les pics et les chauves-souris, et entre dans les critères de la gestion durable recherchés par la certification PEFC.

Hors de la forêt : l'arbre en ville et le long des routes

Les arbres à haute valeur écologique ne se trouvent pas qu'en forêt. Les vieux platanes d'une allée, les chênes isolés d'un bocage ou un tilleul centenaire dans un espace public portent souvent des cavités et du bois mort que les forestiers retireraient. En milieu urbain, ces sujets jouent un rôle de refuge pour les chauves-souris et les oiseaux cavernicoles, en plus de leur effet sur la qualité de l'air, l'ombrage et le cadre de vie des habitants.

La gestion d'un arbre en ville suit d'autres contraintes : la sécurité du public prime, et l'élagage retire souvent les branches mortes qui font la richesse du sujet. Les plus anciens reçoivent parfois le label « Arbre remarquable de France » de l'association A.R.B.R.E.S., qui reconnaît leur place dans le patrimoine local. Certaines collectivités choisissent de conserver un tronc mort étêté, sécurisé, plutôt que de l'abattre. Le long des routes, les allées et alignements d'arbres bénéficient d'une protection propre dans le code de l'environnement (article L350-3), qui encadre leur abattage sur l'ensemble du territoire.

D'une région à l'autre, des hêtraies du Massif central aux chênaies ligériennes, la démarche reste identique : repérer les sujets porteurs de microhabitats, les nommer, puis décider en connaissance de cause. Le reste des milieux et des espèces à préserver figure dans la rubrique biodiversité et milieux forestiers.

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