La forêt privée représente environ les trois quarts de la surface boisée française. Derrière ce chiffre se cache une réalité très particulière : une propriété extrêmement morcelée, dont la structure explique l'essentiel des difficultés de la filière.
Trois millions de propriétaires, une poignée de grandes propriétés
On dénombre plus de trois millions de propriétaires forestiers privés. La très grande majorité détient moins de quatre hectares, souvent en plusieurs parcelles séparées, et beaucoup ignorent l'emplacement exact de leurs limites. À l'autre extrémité, un nombre réduit de propriétés de plus de vingt-cinq hectares concentre une part importante de la surface et la quasi-totalité du bois réellement mobilisé. Cette structure en deux mondes commande tout le reste, y compris les politiques publiques, qui peinent à toucher les très petits propriétaires alors qu'ils détiennent ensemble une surface considérable.
Pourquoi le morcellement bloque la récolte
Une parcelle de deux hectares ne justifie pas à elle seule un chantier : le déplacement d'une machine, l'ouverture d'un accès et l'organisation d'une vente coûtent autant que sur dix hectares. En dessous d'un certain seuil, aucun opérateur ne se déplace, et le propriétaire, souvent héritier sans lien avec le terrain, n'a ni la compétence ni l'intérêt immédiat à s'en occuper. Le résultat est un capital sur pied qui s'accumule sans être exploité, avec les risques que cela comporte quand les peuplements vieillissent.
Ce qui débloque des situations
Deux voies fonctionnent. Le regroupement de chantiers d'abord : plusieurs propriétaires voisins qui vendent ensemble atteignent le volume qui intéresse un acheteur, et partagent les frais d'accès. Le regroupement foncier ensuite, par échange ou par acquisition, qui reconstitue des unités gérables. Une troisième voie, plus lente, tient à la transmission : une succession est le moment où une propriété peut soit se fragmenter encore, soit se reconstituer si les héritiers choisissent de ne pas partager en nature. C'est aussi le moment où la question de la gestion se pose réellement, souvent pour la première fois depuis une génération. Les dispositifs collectifs sont décrits dans les plans de développement de massif, l'accès dans la desserte forestière, et le mécanisme d'acquisition prioritaire entre voisins dans le droit de préférence en forêt.





