La futaie irrégulière rassemble sur une même parcelle des arbres de tous les âges et de tous les diamètres. Le couvert n'est jamais interrompu, la récolte se fait arbre par arbre, et la régénération s'installe en continu dans les trouées ouvertes par les prélèvements. Pour un propriétaire privé, l'attrait principal est la régularité du revenu et l'absence de coupe rase.
Ce qui change concrètement
On ne raisonne plus par peuplement mais par arbre. À chaque passage, tous les huit à douze ans, on récolte les sujets arrivés à leur diamètre d'exploitabilité, on dégage ceux qui progressent bien, et on ouvre juste assez pour que des semis s'installent. Le prélèvement reste modéré, de l'ordre de quinze à vingt pour cent du volume, et il n'y a jamais de phase où la parcelle ne produit rien.
Le chêne rend l'exercice difficile
C'est une essence de pleine lumière : ses semis dépérissent sous un couvert fermé, contrairement au hêtre ou au sapin qui supportent l'ombre des années. Obtenir une régénération de chêne en futaie irrégulière suppose donc d'ouvrir des trouées suffisamment larges, de l'ordre d'une fois à une fois et demie la hauteur des arbres, ce qui s'éloigne de l'idée d'un prélèvement pied à pied. C'est la principale difficulté technique, et elle explique que la transition soit souvent conduite avec un accompagnement d'essences plus tolérantes en sous-étage.
Engager la transition sans se tromper
Elle demande du temps, deux à trois rotations au moins, et surtout un marquage rigoureux : sans désignation d'arbres d'avenir et sans discipline de martelage, l'irrégularisation devient un prélèvement des plus beaux arbres, c'est-à-dire l'inverse d'une sylviculture. La pression du gibier est ici un facteur décisif, les semis dispersés étant plus vulnérables qu'une régénération d'ensemble. Le chemin inverse est décrit dans passer à la futaie régulière, et la question du gibier dans l'évaluation de la pression des cervidés.




