Contenu principal

Le houx dans les hêtraies-chênaies : un sous-étage à préserver

Le houx dans les hêtraies-chênaies : un sous-étage à préserver

Houx en sous-étage forestier : en forêt, sous les chênes, cet arbre au fruit rouge protège les semis du gibier, nourrit les oiseaux et signale une forêt atlantique. Cet article, en forêt comme au jardin, dit pourquoi garder ce petit arbre, holly des Anglais, et comment modifier sa gestion.

Houx sous futaie : repères pour le propriétaire

Station
Un houx spontané en forêt signale un climat doux : l'habitat 9120 porte le nom Ilex.
Gibier
Un buisson de houx abrite en forêt les semis du chêne et du hêtre.
Faune
L'arbre femelle, au fruit rouge vif, nourrit les oiseaux en fin d'hiver.
Gestion
Dégager le houx autour des tiges d'avenir, garder l'arbre ailleurs en forêt.
Jardin
Au jardin, cet arbre au fruit rouge forme une haie ; en forêt, il donne du bois de chauffe.
Bois
Le bois de houx, blanc et dense, sert en tournerie ; le houx anglais orne les jardins.

Reconnaître le houx en forêt

Le houx commun, Ilex aquifolium, se repère toute l'année grâce à ses feuilles persistantes, coriaces, d'un vert brillant sur le dessus et plus mat dessous. Sur les rameaux bas, la marge porte de fortes épines ; plus haut dans la couronne, hors de portée des herbivores, beaucoup de feuilles deviennent entières ou presque. Un vieil arbre de forêt montre ainsi deux feuillages, quand le houx de jardin, taillé bas, reste épineux partout.

L'écorce reste lisse et grise, même sur des troncs âgés, ce qui distingue le houx d'un jeune chêne vert ou d'un if. Les fleurs, petites et blanches à quatre pétales, s'ouvrent en mai et en juin, groupées à l'aisselle des feuilles ; la fleur mâle porte quatre étamines, la fleur femelle un ovaire vert. Le houx porte des sexes séparés : seuls les pieds femelles produisent des drupes, ces les fruits rouge vif qui mûrissent à l'automne et persistent sur les branches jusqu'en fin d'hiver. Un buisson de houx sans aucune baie, année après année, correspond donc presque toujours à un pied mâle, et non à un arbre malade. Toute la plante, baies comprises, contient des substances toxiques pour l'homme et les animaux domestiques : les oiseaux, eux, consomment les fruits sans dommage.

Ne pas le confondre avec d'autres persistants du sous-bois

Le fragon, ou petit houx, partage le feuillage piquant et les fruits rouges, mais il dépasse rarement un mètre et ses « feuilles » sont en réalité des rameaux aplatis portant la baie en leur milieu. Le laurier-cerise, échappé des haies, présente des feuilles bien plus longues, sans épines, et des fruits noirs. Le chêne vert, rare dans les forêts ligériennes hors du littoral, montre un revers de feuille feutré et gris. En hêtraie-chênaie, un arbuste persistant aux feuilles ondulées et épineuses désigne donc presque à coup sûr le houx.

Le genre Ilex et sa répartition en Europe occidentale

Le genre Ilex rassemble plusieurs centaines d'espèces, surtout tropicales, dont le maté d'Amérique du Sud. En France, une seule espèce pousse à l'état spontané : le houx commun, que les catalogues de pépinières nomment parfois houx anglais, en écho au nom English holly que lui donnent les Anglais. Son aire naturelle couvre l'Europe occidentale et méridionale, jusqu'à l'Afrique du Nord et l'Asie Mineure, avec une nette préférence pour les régions à influence océanique.

Cette répartition suit le climat. Le houx supporte mal les gels intenses et prolongés : ses feuilles persistantes brunissent puis tombent quand le froid s'installe plusieurs semaines. En 1944, le botaniste danois Johannes Iversen a montré que la limite orientale du houx en Europe du Nord suit de près une température moyenne du mois le plus froid, ce qui en fait l'un des indicateurs climatiques les plus cités par les écologues. Dans les Pays de la Loire, région au climat atlantique adouci, le houx trouve des conditions favorables presque partout, des collines du Maine aux massifs du Segréen.

Le houx ne craint pas l'ombre. Il s'installe sous un couvert forestier fermé, là où la plupart des arbustes dépérissent, et y forme des taches denses qui peuvent occuper de grandes surfaces. Cette tolérance explique sa place dans les vieilles futaies de chêne et de hêtre, où il compose parfois l'essentiel du sous-étage.

Le houx en sous-étage, signature d'une station atlantique

Un sous-étage de houx dans une hêtraie-chênaie collinéenne caractérise un type de station bien identifié : sols acides, souvent limoneux sur roche siliceuse, bonne alimentation en eau, pluies régulières et hivers peu rigoureux. La directive européenne Habitats reconnaît ce milieu sous le code 9120, intitulé « Hêtraies atlantiques acidiphiles à sous-bois à Ilex et parfois à Taxus ». Le nom de l'habitat porte donc le houx lui-même, preuve de son rôle de marqueur. Le document d'objectifs de chaque site Natura 2000 du département concerné reprend ce code et décrit, article par article, les mesures de gestion qui conservent cette espèce et le sous-bois qu'elle compose.

Pour le gestionnaire, cette information vaut un diagnostic. La présence spontanée du houx confirme que le hêtre et le chêne sessile y trouvent leur optimum, et que les essences exigeantes en chaleur sèche y auront moins leur place. Sa régression sur un secteur, à l'inverse, mérite attention : un sous-étage qui recule peut traduire une pression de gibier accrue, une série d'hivers rudes, une mise en lumière brutale après une coupe ou un drainage qui a modifié l'alimentation en eau.

La fiche consacrée aux chênaies atlantiques détaille les stations voisines, plus pauvres ou plus sèches, où le houx se raréfie au profit de la fougère aigle ou de la molinie. Une autre station proche, plus riche, se reconnaît à son tapis printanier, décrite dans la hêtraie-chênaie à jacinthe des bois.

Trois services rendus par le houx sous les chênes et les hêtres

Le houx passe souvent pour une gêne : il complique la circulation, encombre les travaux de dégagement et n'apporte aucun revenu direct. Sa suppression systématique en sous-étage conduit pourtant à perdre trois services que rien d'autre n'assure dans ces peuplements.

Une protection gratuite contre l'abroutissement

Les jeunes semis de chêne et de hêtre installés au milieu d'un buisson de houx échappent en grande partie à la dent du gibier, car chevreuils et cerfs évitent de plonger le museau dans un feuillage piquant. Sur les secteurs à forte pression, ce bouclier naturel remplace avantageusement les manchons ou les clôtures, sans entretien, sans plastique à ramasser et sans limite de durée. Avant de supprimer le houx d'une parcelle à régénérer, mieux vaut mesurer la pression du gibier : la méthode d'évaluation de la pression des cervidés fournit des indices simples à relever.

Un abri hivernal pour la faune

Parmi les feuillus indigènes, le houx figure parmi les rares à conserver ses feuilles en hiver. Son couvert dense, imperméable à la neige et au vent, sert de refuge aux oiseaux et aux petits mammifères pendant la mauvaise saison. Roitelets, troglodytes et mésanges y passent la nuit ; le loir, le muscardin et plusieurs chauves-souris profitent des cavités des vieux sujets. Le bois mort et les rameaux tombés au pied des touffes nourrissent à leur tour une faune d'insectes décomposeurs.

Une ressource alimentaire au cœur de l'hiver

Les baies rouges des pieds femelles restent accrochées aux branches bien après la chute des feuilles des chênes. Grives et merles les consomment en fin d'hiver, période de disette où les autres fruits sauvages ont disparu. La grive draine défend même parfois un houx chargé de fruits contre ses congénères pendant plusieurs semaines, comportement décrit par les ornithologues britanniques. Les oiseaux dispersent ensuite les graines dans leurs fientes, ce qui explique l'apparition de jeunes plants de houx sous les perchoirs, souvent loin du semencier.

Gérer le houx en sous-étage forestier : faire avec plutôt que contre

Le houx en sous-étage forestier n'appelle ni éradication ni abandon total. Il n'y a pas lieu de l'éliminer par principe. La pratique raisonnée consiste à dégager localement autour des tiges d'avenir, puis à conserver le houx partout ailleurs, notamment dans les zones de régénération où il joue son rôle de protection. Le dégagement vise la lumière dont les semis ont besoin, pas la disparition du sous-bois.

Le houx rejette vigoureusement après coupe, depuis la souche comme depuis les racines. Le supprimer demande un acharnement disproportionné au bénéfice attendu : trois ou quatre passages, souvent davantage, pour un résultat provisoire. Sa croissance reste par ailleurs très lente, de l'ordre de quelques centimètres par an en sous-bois, si bien qu'un buisson dégagé ne redevient gênant qu'après de nombreuses années. Le propriétaire gagne donc à cibler son intervention, à la tronçonneuse ou au croissant, sur un rayon limité autour des plants qu'il veut favoriser.

Quelques situations justifient pourtant une intervention plus large. Un sous-étage de houx très dense, continu sur plusieurs hectares, peut bloquer toute régénération naturelle du hêtre et du chêne par manque de lumière au sol. Dans ce cas, des trouées d'une vingtaine de mètres, ouvertes au moment d'une bonne glandée ou d'une bonne faînée, rendent au sol la lumière nécessaire tout en laissant des îlots de houx en périphérie. Les principes de conduite de chaque essence se retrouvent dans la rubrique biodiversité et milieux forestiers.

Situation de la parcelleHoux à conserverIntervention conseillée
Régénération acquise, forte pression de gibierTout le houx autour et entre les semisDégagement léger de la tête des semis seulement
Futaie adulte, aucune régénération attendueL'ensemble du sous-étageAucune, sauf ouverture des cloisonnements
Phase de régénération, houx continu et denseÎlots en bordure des trouéesTrouées ciblées l'année d'une fructification
Cloisonnements d'exploitationLes touffes hors du tracéRecépage sur la largeur des engins
Lisière et bord de cheminTous les pieds femelles fructifèresTaille de dégagement du gabarit si besoin

Le houx et le gibier : ce que les forestiers demandent

Le houx empêche-t-il la régénération du chêne ?

Le houx gêne la régénération du chêne seulement quand il forme un couvert continu et très sombre. Clairsemé ou en taches, il la favorise au contraire en protégeant les semis du gibier. Tout dépend de sa densité et de la lumière qui atteint le sol au moment de la glandée.

Les cervidés mangent-ils le houx ?

Les cervidés broutent le houx quand la nourriture manque, surtout en hiver et sur les rameaux bas dont les feuilles portent moins d'épines. Un houx abrouti en forme de boule signale d'ailleurs une pression de gibier excessive, utile à noter dans un suivi de la forêt.

Faut-il arracher le houx avant de planter ?

Arracher le houx avant une plantation coûte cher en travail et ne dure pas, car l'arbuste rejette de souche. Mieux vaut ouvrir des potets ou des bandes, planter au milieu des touffes conservées et profiter de leur effet de protection.

Quelle taille atteint un houx adulte ?

Un houx adulte mesure en général de 3 à 10 mètres en forêt, selon la lumière et le sol. Sous un couvert forestier dense, il reste souvent un arbuste de petite taille, multicaule, qui s'étale plus qu'il ne monte. En lisière ou en haute futaie claire, il prend un port d'arbre à tronc unique et peut dépasser 15 mètres, avec une couronne conique très régulière. Les plus vieux sujets connus en Europe occidentale atteignent des âges de plusieurs siècles, et leur croissance très lente rend leur diamètre trompeur : un tronc modeste cache souvent un arbre bien plus âgé que les chênes qui l'entourent.

Cette lenteur pèse dans les décisions de gestion. Un houx coupé repart vite en rejets, mais un houx de grande taille, au tronc droit et à la couronne fournie, met des décennies à se reconstituer. Les vieux sujets isolés méritent donc une protection particulière lors des coupes de bois : ils servent de semenciers, de perchoirs et de repères dans le paysage forestier.

Bois de houx, bois de chauffe et autres usages

Le bois de houx compte parmi les plus blancs et les plus homogènes d'Europe. Dense, dur, au grain très fin, il se travaille bien au tour et en marqueterie, où les ébénistes le teintaient en noir pour imiter l'ébène. Les manches d'outils, les pièces d'échecs, les poulies et les fouets d'attelage, ces houssines tirées des jeunes tiges souples, en ont longtemps fait une matière recherchée par les artisans.

La production de bois reste pourtant marginale : les tiges, rarement droites et de faible diamètre, ne trouvent pas preneur sur le marché des grumes. Le houx coupé lors d'un dégagement fournit en revanche un excellent bois de chauffe, dense et de bon pouvoir calorifique une fois sec. Laisser une partie des tiges au sol enrichit aussi la parcelle en bois mort, au bénéfice des champignons et des insectes. Sur ces questions de valorisation, l'Office national des forêts rappelle dans ses publications que la conservation du sous-bois fait partie d'une gestion multifonctionnelle des forêts publiques ; la logique vaut aussi en forêt privée.

Arbuste de sous-étageFeuillageProtection des semisRejette après coupe
HouxPersistant, épineuxForteTrès vigoureusement
NoisetierCaducFaibleOui
CharmeCaduc, marcescentFaibleOui
RonceSemi-persistant, épineuxMoyenne, mais concurrence forteOui, et drageonne
FragonPersistant, piquantFaible, trop basOui, par rhizome

Ravageurs et maladies : la mineuse du houx et les autres

La mineuse du houx, Phytomyza ilicis, figure parmi les insectes les plus faciles à observer en forêt. Cette petite mouche pond dans la feuille, et sa larve creuse une galerie qui laisse une tache jaunâtre puis brune, bien visible sur le vert brillant du limbe. Les mésanges percent souvent ces mines pour en extraire la larve, laissant un petit trou triangulaire. Malgré son aspect, la mineuse du houx n'affaiblit pas l'arbuste de façon notable et n'appelle aucun traitement en forêt.

Les autres atteintes restent rares. Les gels tardifs brûlent parfois les jeunes pousses, et un hiver très froid peut faire tomber une grande partie du feuillage, que l'arbre reconstitue au printemps suivant. Le houx résiste bien aux champignons du sol, à l'exception de certains pourridiés sur des sujets déjà affaiblis par une blessure d'exploitation. Les écorçages par les cerfs, en revanche, laissent des plaies durables à noter lors des inventaires.

Cultiver et reproduire cet arbre au jardin

Le houx commun s'utilise aussi au jardin, en haie défensive, en sujet isolé ou en topiaire. Son aspect ornemental tient au contraste entre le feuillage persistant et les fruits d'un rouge vif en hiver, ce qui suppose de planter au moins un pied mâle à proximité des pieds femelles. Il apprécie un sol frais, plutôt acide et bien drainé, une exposition mi-ombragée et redoute les sols calcaires secs. La plantation se fait de préférence à l'automne, en motte, car le houx reprend mal à racines nues.

Pour reproduire cet arbre, plusieurs méthodes existent. Le semis demande de la patience : les graines lèvent souvent après dix-huit mois, parfois davantage, après un passage dans le froid. Le bouturage de rameaux semi-aoûtés en fin d'été donne de meilleurs résultats sous châssis. Le houx se marcotte facilement : il suffit d'enterrer une branche basse, entaillée et maintenue au sol, qui s'enracine en une à deux saisons. Les variétés horticoles panachées ou sans épines viennent du houx commun ou d'hybrides, dont le houx de Highclere, très planté dans les jardins à l'anglaise.

Au jardin comme en forêt, la cueillette des branches fructifiées pour Noël demande de la retenue. Le houx figure sur la liste nationale des espèces dont la cueillette peut faire l'objet d'une réglementation préfectorale, fixée par un arrêté du 13 octobre 1989 ; plusieurs départements l'encadrent par un texte propre. Avant de couper en forêt d'autrui, l'accord du propriétaire reste nécessaire, et le texte de l'arrêté local, disponible en préfecture, précise les quantités tolérées.

Un symbole ancien, du porte-bonheur au sang du Christ

Le houx accompagne les fêtes de fin d'année depuis l'Antiquité. Les Romains en offraient des rameaux lors des Saturnales, et les peuples celtes voyaient dans ce feuillage toujours vert au cœur de l'hiver un signe de vie qui persiste. Le christianisme a repris ce symbole : dans la tradition populaire, les feuilles épineuses rappellent la couronne d'épines et les baies rouges le sang du Christ. Le houx reste ainsi, avec le gui, le porte-bonheur végétal de Noël le plus répandu en Europe occidentale, de l'ouest de la France jusqu'au nord des îles Britanniques. Couronnes de porte, cartes et décors de table de Noël utilisent la plante sous toutes ses formes, souvent issue de cultures plutôt que de la nature.

Cette popularité a un revers. Les coupes de branches fructifiées, répétées chaque hiver sur les mêmes pieds, épuisent les houx les plus accessibles des lisières et des bords de chemin. Les pieds femelles, seuls porteurs de baies, en paient le prix. Les forestiers recommandent de prélever sur des sujets différents d'une année à l'autre, au sécateur, sans arracher ni écorcer. Ces gestes simples permettent de concilier une tradition attachée au houx et la préservation de son rôle en forêt.

Ce que le houx dit de la forêt de demain

Les épisodes de sécheresse estivale des dernières années touchent le hêtre en premier, et les stations atlantiques à houx figurent parmi celles où les forestiers suivent de près le dépérissement. Le houx lui-même supporte mieux la chaleur que le gel, mais ses jeunes plants souffrent d'un été sec sans couvert. Garder un sous-étage vivant contribue à modifier le microclimat au sol : plus d'humidité, moins d'écarts de température, un humus mieux protégé. Ces effets, difficiles à chiffrer à l'échelle d'une parcelle, plaident pour une gestion prudente.

Le code forestier, dans son article sur les garanties de gestion durable, laisse au propriétaire le soin de décrire ces choix dans son plan simple de gestion ou son code des bonnes pratiques sylvicoles. Observer le houx revient donc à lire la station, la pression du gibier et l'état de la biodiversité d'un seul regard. Un propriétaire qui note chaque année l'état de ses touffes, la présence de baies, les traces d'abroutissement et la vigueur des semis qu'elles abritent dispose d'un indicateur gratuit et fiable de l'évolution de sa forêt. Le houx ne rapporte rien à la vente ; il rend en revanche des services que les plans de gestion gagnent à reconnaître et à modifier le moins possible.

À lire aussi

Pour aller plus loin

▲