Le bois mort en forêt : un habitat pour des milliers d'espèces

D'un déchet sanitaire à un habitat reconnu

Le bois mort a longtemps été évacué systématiquement des peuplements, au nom de la prophylaxie et de la propreté du chantier. Les inventaires menés depuis les années quatre-vingt-dix ont renversé cette lecture : on estime que le quart environ des espèces forestières dépendent, à un moment de leur cycle, du bois en décomposition. Coléoptères saproxyliques, champignons lignicoles, mousses, lichens, oiseaux cavernicoles et chauves-souris arboricoles y trouvent nourriture, abri ou support de reproduction.

Chaque forme abrite une communauté différente

Le bois mort ne forme pas un ensemble homogène. L'arbre mort sur pied, ou chandelle, sèche lentement en restant exposé au soleil : il accueille les espèces xérophiles et sert de support aux pics. L'arbre renversé au sol, au contraire, reste humide et se décompose sous l'action des champignons et des invertébrés du sol. S'y ajoutent les souches, les grosses branches tombées et le bois mort resté dans le houppier d'un arbre vivant. La position, le diamètre, l'essence et le stade de décomposition définissent chacun une communauté propre, et un peuplement riche en est un qui présente ces formes simultanément.

Le gros bois est irremplaçable

Le diamètre est le facteur limitant. Un tronc de gros diamètre met des décennies à se décomposer, offre un volume tampon contre la sécheresse et abrite des espèces exigeantes que les rémanents fins n'accueillent jamais. C'est pourquoi les référentiels de gestion durable insistent sur la conservation de quelques gros arbres morts ou sénescents à l'hectare plutôt que sur un volume total de menus bois.

Ce qu'un propriétaire peut faire simplement

Conserver les arbres morts qui ne présentent aucun risque de chute, c'est-à-dire éloignés des chemins, des routes et des limites de propriété. Laisser sur place les souches et une partie des rémanents plutôt que de tout broyer. Repérer les arbres à cavités avant le martelage, car ils ne se remplacent pas en une génération. Et regrouper ces conservations en îlots plutôt que de les disperser, ce qui facilite la sécurité et la circulation des espèces.

La méthode d'évaluation est détaillée dans la fiche sur la notation écologique des arbres, et les espèces qui en dépendent dans celles consacrées aux pics forestiers et aux arbres sénescents.

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