Une quinzaine d'espèces de rapaces forestiers nichent en France, de l'épervier au vautour moine, en passant par le faucon hobereau et la chouette hulotte. Tous ces oiseaux sont protégés, nids compris : pour le propriétaire, chaque rapace en place décale le calendrier des coupes, du parc boisé à la grande futaie.
Rapaces des bois en quatre repères
- Qui
- Autour des palombes, épervier, buse variable, bondrée apivore, milans, circaète, aigle botté, faucon hobereau, vautour moine, et côté nuit la hulotte, le moyen-duc, la chouette de Tengmalm et la chevêchette.
- Où
- Une aire de branches dans une fourche de gros arbre, ou une cavité creusée par un pic.
- Quand
- De mars à fin juillet environ, de la parade à l'envol des jeunes.
- Quoi faire
- Repérer l'aire au printemps, garder l'arbre porteur et un îlot autour, décaler les travaux bruyants.
Quels rapaces vivent en forêt en France ?
Les rapaces forestiers forment un groupe d'oiseaux de proie qui ont besoin de l'arbre pour nicher, même s'ils chassent souvent hors du bois, dans les prairies, les marais ou les lisières. La France en compte une quinzaine d'espèces régulières, réparties entre rapaces diurnes et rapaces nocturnes. Leur point commun tient à l'anatomie du chasseur : un bec crochu pour dépecer, des serres puissantes pour saisir, une vue très fine. Leur répartition, elle, suit l'âge et la structure des peuplements autant que la nourriture disponible.
Les rapaces diurnes des futaies et des lisières
Chez les rapaces diurnes, l'autour des palombes et l'épervier d'Europe sont les vrais spécialistes du couvert forestier : ailes courtes et arrondies, longue queue, ils poursuivent les oiseaux entre les troncs. La buse variable, la plus commune, niche en lisière et chasse les campagnols dans les champs voisins. La bondrée apivore, migratrice, déterre les nids de guêpes. Le milan noir et le milan royal installent leur aire dans les grands arbres des vallées. Le circaète Jean-le-Blanc et l'aigle botté occupent des massifs plus chauds et plus calmes. Le faucon hobereau, enfin, ne construit rien : il reprend un ancien nid de corneille en haut d'un arbre isolé ou de bordure.
Les rapaces nocturnes des forêts
Les rapaces nocturnes des forêts comptent d'abord la chouette hulotte, présente dans presque tous les bois de plaine, qui niche dans un tronc creux. Le hibou moyen-duc emprunte, comme le hobereau, un vieux nid de corvidé. En montagne, la chouette de Tengmalm et la chevêchette d'Europe, plus petite chouette du continent, occupent les cavités creusées par les pics dans les résineux, ce qui relie leur sort à celui des pics décrits dans la fiche sur les pics en forêt. Le grand-duc d'Europe, plus grand hibou du pays, préfère les falaises et les carrières, mais il niche parfois au sol en milieux boisés pentus. La chevêche d'Athéna et le hibou des marais, souvent cités dans la même famille, vivent en milieux ouverts et ne relèvent pas de la forêt.
Taille, milieu et période de nidification des principales espèces
Les rapaces forestiers vont de la chevêchette, qui tient dans une main, au vautour moine, de grande taille et plus lourd que tout autre rapace d'Europe. Les envergures ci-dessous sont des ordres de grandeur tirés des guides ornithologiques courants ; la femelle dépasse souvent le mâle, surtout chez l'autour et l'épervier, un dimorphisme sexuel marqué chez les chasseurs d'oiseaux.
| Espèce | Envergure approximative | Milieu de nidification | Période sensible |
|---|---|---|---|
| Épervier d'Europe | 60 à 80 cm | Jeunes peuplements denses, souvent résineux | Avril à juillet |
| Autour des palombes | 1 m à 1,2 m | Futaies âgées à couvert fermé | Mars à juillet |
| Buse variable | 1,1 m à 1,3 m | Lisières, bosquets | Mars à juillet |
| Bondrée apivore | 1,2 m à 1,5 m | Lisières et clairières | Mai à août |
| Milan royal | 1,5 m à 1,7 m | Grands arbres en bordure de milieux ouverts | Mars à juillet |
| Faucon hobereau | 70 à 85 cm | Ancien nid de corneille, arbre de bordure | Juin à août |
| Chouette hulotte | 90 cm à 1 m | Tronc creux, vieux arbres | Février à juin |
| Vautour moine | 2,5 m à près de 3 m | Cime de pin sur versant des Causses | Février à septembre |
La période sensible varie donc selon l'espèce : la hulotte pond tôt, dès la fin de l'hiver, alors que la bondrée et le hobereau, migrateurs revenus d'Afrique, ne s'installent qu'au printemps avancé et gardent des jeunes au nid jusqu'en août.
Identifier un rapace en vol au-dessus des bois
Un rapace en vol s'identifie d'abord à sa silhouette, bien avant la couleur du plumage, souvent invisible à contre-jour. Les ailes courtes et la longue queue désignent un épervier ou un autour, faits pour la manœuvre en sous-bois. Les ailes larges et la queue courte en éventail, avec des cercles lents au-dessus de la canopée, évoquent la buse variable. Le milan royal se reconnaît à sa longue queue rousse profondément échancrée, qu'il tord sans cesse pour se diriger ; le milan noir porte une échancrure plus faible.
Le vol stationnaire, ce surplace ailes battantes face au vent, appartient au faucon crécerelle et, plus haut dans le ciel, au circaète qui guette les reptiles. Le faucon hobereau, silhouette de grand martinet, attrape libellules et hirondelles en plein vol au crépuscule. La bondrée se distingue de la buse par une tête fine, presque de pigeon, et une queue plus longue. Le faucon crécerelle, rapace le plus fréquent des bords de route, se voit surtout au-dessus des coupes et des lisières ; en forêt fermée, la crécerelle cède la place à l'épervier. Pour l'identification, la technique la plus sûre consiste à noter le comportement de l'oiseau (cercles, surplace, poursuite, vol rasant) avant de chercher un détail du plumage. Le vol rasant au-dessus des roseaux signe un busard des roseaux, oiseau des marais et non de la forêt, alors que le busard Saint-Martin rase les jeunes plantations. Les conditions comptent aussi : par temps chaud, les grands planeurs montent dans les ascendances de fin de matinée, alors que le ciel reste vide par pluie fine ou vent fort.
Le vautour moine, seul vautour qui niche dans les arbres
Le vautour moine est le seul vautour d'Europe à construire son aire au sommet d'un arbre, ce qui en fait un rapace forestier à part entière, contrairement au vautour fauve, au vautour percnoptère et au gypaète, qui nichent en falaise. Le vautour fauve, bien plus nombreux, se voit au-dessus des mêmes gorges, ce qui entretient la confusion entre les deux espèces : le vautour moine paraît plus sombre, presque noir, avec des ailes encore plus larges et rectangulaires. Le vautour percnoptère, petit vautour blanc et noir qui hiverne en Afrique, ne se confond avec aucun des deux ; le percnoptère fréquente les falaises du Sud et des Pyrénées et n'a pas d'habitat forestier.
Disparu de France au début du XXe siècle, le vautour moine revient grâce à un programme de réintroduction mené à partir de 1992 dans les Grands Causses, avec la LPO et le parc national des Cévennes. Le parc national et le parc naturel régional des Grands Causses suivent depuis les couples installés sur les pins des versants, dont la tranquillité conditionne la réussite. Des lâchers ont ensuite étendu la présence du vautour moine aux Baronnies et au Verdon. Pour le forestier de ces régions, la consigne tient au calendrier : aucun chantier près d'une aire de vautour pendant la longue période d'élevage, le jeune ne quittant le nid qu'au bout de plusieurs mois.
Reconnaître une aire occupée dans une parcelle
Une aire de grand rapace forestier est un nid volumineux de branches, souvent installé dans une fourche de gros arbre, réutilisé et rechargé d'année en année : elle peut atteindre un mètre de diamètre. Rien n'oblige à s'approcher pour savoir si elle sert. Plusieurs indices trahissent une aire occupée :
- des plumées au sol, restes de proies plumées sur une souche ou une branche basse ;
- des fientes blanches sur le tronc et les branches sous le nid ;
- des pelotes de réjection, surtout sous les perchoirs des rapaces nocturnes ;
- des rameaux verts frais posés sur le bord de l'aire, signe typique de l'autour et de la buse ;
- des cris répétés au printemps, et des parades au-dessus de la canopée par beau temps.
Chaque espèce a son milieu de prédilection. L'autour des palombes affectionne les futaies âgées à couvert fermé, la bondrée apivore les lisières et clairières, le circaète les versants ensoleillés proches de milieux ouverts où il chasse les serpents. Le busard Saint-Martin fait exception : il niche au sol, dans les ronciers et les jeunes plantations qui suivent une coupe rase et le reboisement obligatoire, où un dégagement mécanique en juin peut détruire une couvée sans que personne la voie.
Une période sensible plus longue qu'on ne l'imagine
La période de reproduction des rapaces forestiers s'étend approximativement de mars à fin juillet, du choix de l'aire à l'envol des jeunes, et déborde aux deux bouts selon les espèces. Le dérangement ne se limite pas à la coupe de l'arbre porteur : le bruit d'un chantier proche pendant la couvaison suffit à faire abandonner une nichée. Un adulte qui quitte longtemps ses œufs par temps froid les perd, et des poussins exposés au soleil ou à la pluie meurent vite.
Une exploitation menée hors de cette fenêtre, à distance raisonnable de l'aire, ne pose en revanche aucun problème. Les rapaces s'accommodent très bien d'une forêt exploitée, à condition de trouver de gros arbres et du calme au bon moment. L'automne et l'hiver restent ainsi la saison naturelle des coupes et du débardage dans les parcelles où une aire est connue.
Quels rapaces forestiers sont menacés en France ?
Tous les rapaces sont protégés en France, ainsi que leurs œufs, leurs nids et leurs sites de reproduction : l'arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés interdit leur destruction et la perturbation intentionnelle pendant la reproduction. Pour un propriétaire forestier, la conséquence n'interdit pas la gestion mais en décale le calendrier, car la destruction d'une nichée, même involontaire, engage sa responsabilité.
Certaines espèces restent fragiles. Le milan royal figure comme vulnérable sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France publiée par l'UICN et le Muséum, et il bénéficie d'un plan national d'actions, comme le vautour moine. La bondrée, le milan noir, le circaète et l'aigle botté relèvent de l'annexe I de la directive Oiseaux, au même titre que d'autres oiseaux forestiers d'intérêt communautaire, ce qui justifie des mesures particulières dans les sites Natura 2000.
Gérer sa forêt quand un rapace y niche
Un rapace forestier installé dans une propriété appelle peu de choses, mais au bon moment. Les gestes utiles s'enchaînent dans cet ordre :
- repérer les aires avant de marteler, ce qui suppose un passage au printemps, quand les feuilles ne masquent pas encore les nids ;
- reporter chaque aire sur la carte de la propriété, pour ne pas la redécouvrir à chaque rotation ni la perdre lors d'un changement de gestionnaire ;
- conserver l'arbre porteur et un îlot de quelques arbres autour, une mesure peu coûteuse qui se justifie aussi écologiquement ;
- décaler les travaux bruyants, abattage, débardage et broyage, hors période de reproduction ;
- garder des arbres à cavités et quelques vieux bois, utiles aux chouettes et aux pics.
Ces gestes rejoignent la logique d'ensemble de la biodiversité des milieux forestiers : un peuplement qui mêle classes d'âge, lisières étagées et quelques vieux arbres offre gîte et terrain de chasse à plusieurs espèces à la fois.
Observer les rapaces forestiers sans les déranger
L'observation des rapaces forestiers se fait de loin, depuis une lisière ou un point haut qui domine la canopée, avec des jumelles plutôt qu'en s'approchant des nids. Les meilleures conditions réunissent un ciel dégagé et une matinée qui se réchauffe, quand les rapaces diurnes paradent et prennent les ascendances. Pour les rapaces nocturnes, l'écoute suffit : la hulotte chante dès l'automne et à la fin de l'hiver, à la tombée de la nuit.
Les espaces protégés facilitent les premières sorties. Le Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, près de chez nous, et les autres parcs naturels régionaux proposent des sorties encadrées, et chaque région dispose d'un atlas régional des oiseaux nicheurs, ressource précieuse pour savoir quels rapaces chercher sur son territoire ; les associations naturalistes comme la LPO organisent des affûts et des comptages. Les parcs animaliers et voleries, avec leurs spectacles de vol, permettent de voir de près un aigle royal, un grand-duc ou un vautour fauve, mais il s'agit d'oiseaux captifs, une autre approche que celle d'un parc national où l'on guette des oiseaux sauvages.
Rapace dans les bois de la propriété : quatre situations concrètes
Faut-il signaler un nid de rapace découvert en forêt ?
Un nid de rapace découvert en forêt ne fait l'objet d'aucune obligation de déclaration, mais le signaler au technicien du CRPF, à l'association naturaliste locale ou à l'Office français de la biodiversité aide à adapter les travaux. Le report sur la carte de la propriété reste le geste le plus utile.
Peut-on couper un arbre qui porte une aire vide ?
Une aire vide en automne peut resservir au printemps suivant : beaucoup de rapaces réutilisent le même nid plusieurs années. Les sites de reproduction restent protégés, donc mieux vaut conserver l'arbre porteur et demander conseil avant toute coupe.
Une chouette dans un arbre creux gêne-t-elle une éclaircie ?
Une chouette hulotte dans un arbre creux ne bloque pas une éclaircie : il suffit de garder l'arbre à cavité et de programmer le chantier hors de la période de février à juin.
Quels rapaces chassent le gibier de la forêt ?
L'autour des palombes capture des pigeons, des corvidés et parfois des faisans ou de jeunes lapins ; la plupart des autres rapaces forestiers vivent de rongeurs, d'insectes ou de petits oiseaux, et leur effet sur le gibier reste faible.















