Un premier foyer de nématode du pin en France, confirmé en novembre 2025 à Seignosse, fait de la maladie du pin maritime une menace pour toute la forêt landaise. Champignon des aiguilles, pourridié, insecte ou ver : chaque cause du dépérissement d'un arbre appelle sa propre lutte.
- Organisme réglementé
- Le nématode du pin, présent en France depuis 2025 : tout soupçon dans une forêt de pins se signale aux services de l'État, la lutte est obligatoire.
- Maladies fongiques
- Bandes rouges, Diplodia, fomes et rouille courbeuse, liées surtout à la densité, aux blessures et au climat.
- Insectes
- Processionnaire, scolytes et cochenilles : des ravageurs qui révèlent souvent un peuplement déjà affaibli.
Quelles sont les maladies du pin maritime ?
La maladie du pin maritime n'existe pas au singulier : l'essence subit plusieurs pathologies des pins, d'origine fongique, animale ou liée au climat, qui se ressemblent souvent à distance. Un houppier qui rougit peut traduire un ver microscopique, un champignon des aiguilles, une sécheresse ou un insecte installé sous l'écorce. Distinguer ces causes évite deux erreurs coûteuses : couper un peuplement qui aurait repris, ou laisser sur pied un foyer qui contamine les parcelles voisines.
Le pin maritime couvre l'essentiel du massif des Landes de Gascogne, la plus grande forêt cultivée d'Europe, et il occupe aussi une place réelle dans notre région, en Sarthe, en Maine-et-Loire et sur le littoral vendéen. Les principaux problèmes sanitaires de l'essence se rangent en quatre familles :
- le nématode du pin, responsable de la maladie du flétrissement du pin, organisme de quarantaine prioritaire dans l'Union européenne ;
- les champignons des aiguilles et des pousses : maladie des bandes rouges (Dothistroma), dessèchement des pousses du pin (Diplodia sapinea), rouille courbeuse ;
- les pourridiés racinaires : fomes et armillaire, qui progressent sous terre de souche en souche ;
- les insectes ravageurs : chenille processionnaire, scolytes, cochenille du pin maritime et cochenille tortue du pin.
Le changement climatique relie ces familles entre elles. Le stress hydrique des étés secs affaiblit les arbres, qui deviennent plus sensibles aux champignons opportunistes et aux insectes de faiblesse. La plupart des dépérissements graves observés en forêt de pin maritime combinent ainsi une cause première, souvent l'eau ou la densité, et un agent secondaire qui achève l'arbre.
Nématode du pin : le ver microscopique qui tue les pins en quelques semaines
Le nématode du pin, Bursaphelenchus xylophilus, est un ver microscopique originaire d'Amérique du Nord qui colonise les vaisseaux conducteurs de sève. En bloquant la circulation de l'eau, il provoque un dépérissement rapide des arbres : les aiguilles jaunissent puis rougissent, la résine cesse de couler à la blessure et le pin meurt souvent en quelques semaines à quelques mois. C'est la raison de son nom de maladie du flétrissement du pin. Le pin maritime figure parmi les espèces les plus sensibles, avec le pin sylvestre et le pin noir.
Le nématode du pin est dangereux parce qu'il ne se soigne pas : aucun traitement contre le nématode n'existe sur un arbre vivant. Au Japon, il a décimé des forêts entières au XXe siècle. En Europe, il est apparu au Portugal en 1999, dans la péninsule de Setúbal, puis s'est étendu à une grande partie du pays et a gagné ponctuellement l'Espagne. Pour un massif de pin maritime presque monospécifique, comme celui des Landes de Gascogne, le risque économique et écologique est majeur.
Cycle de vie et insecte vecteur
Le cycle de vie du nématode du pin repose sur une transmission vectorielle : le ver ne se déplace pas seul d'un arbre à l'autre. En Europe, l'insecte vecteur est un longicorne, Monochamus galloprovincialis, un coléoptère qui pond dans les pins affaiblis ou récemment morts. Les larves se développent dans le bois, puis les adultes émergent chargés de nématodes, qu'ils transmettent en se nourrissant de l'écorce des jeunes rameaux de pins sains. Ces coléoptères vecteurs volent surtout de la fin du printemps au début de l'automne.
L'homme reste le principal facteur de saut à longue distance. Le transport de bois non écorcé, de palettes ou d'emballages en bois non traités peut déplacer à la fois le ver et son vecteur sur des centaines de kilomètres. D'où l'exigence de traitement des bois (chauffage à cœur, norme NIMP 15 pour les emballages) dans le commerce international, et les restrictions de circulation imposées autour d'un foyer.
Le foyer de Seignosse et les mesures de lutte obligatoires
Le premier foyer de nématode du pin sur le territoire national a fait l'objet d'une confirmation début novembre 2025 par le laboratoire national de référence de l'Anses, à Seignosse, dans les Landes. Le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine a d'abord interdit la circulation des végétaux sensibles, des bois et des écorces ainsi que les travaux d'exploitation dans un rayon de 20 km. Un arrêté du 14 novembre 2025 a ensuite fixé une zone délimitée : une zone infestée de 500 mètres autour des pins positifs, où tous les végétaux sensibles, sains compris, sont abattus, et une zone tampon de 20 km sous surveillance renforcée.
Ces mesures de lutte paraissent brutales, mais elles visent à prévenir la propagation avant l'émergence des vecteurs. La préfecture a signalé le 17 mars 2026 un nouveau pin positif à Angresse, dans la zone de surveillance proche du premier foyer ; l'arbre a fait l'objet d'un abattage le lendemain sous contrôle officiel. Les périmètres évoluent avec chaque détection : seules les pages de la préfecture et du ministère de l'Agriculture font foi pour l'état en vigueur.
Bandes rouges et Diplodia : les champignons des aiguilles et des pousses
Maladie des bandes rouges
La maladie des bandes rouges est due à des champignons du genre Dothistroma, qui forment sur les aiguilles des anneaux brun-rouge, puis provoquent leur chute prématurée, en commençant par les aiguilles âgées du bas du houppier. Elle progresse par temps doux et humide et touche d'abord les jeunes peuplements denses. Le pin laricio de Corse et le pin noir y sont nettement plus sensibles que le pin maritime, qui subit des dégâts surtout dans les parcelles mal aérées.
Les traitements de la maladie des bandes rouges ne passent pas par des produits en forêt : aucune pulvérisation n'est envisageable à l'échelle d'un peuplement. Les mesures phytosanitaires sont sylvicoles : éclaircir pour faire circuler l'air, éviter les essences très sensibles en station humide et ne pas multiplier les plantations monospécifiques de laricio dans les secteurs déjà touchés.
Diplodia sapinea, le dessèchement des pousses
Le champignon Diplodia sapinea provoque le dessèchement brutal des pousses du pin de l'année : la pousse brunit, se courbe parfois, et les aiguilles restent courtes et accrochées. Le pathogène vit souvent de façon discrète dans l'arbre et devient agressif quand celui-ci subit une sécheresse ou une blessure, notamment après un orage de grêle. Il bleuit aussi le bois des arbres morts, ce qui déprécie les grumes. Le pin noir et le pin sylvestre y sont très sensibles, le pin maritime l'est de façon plus irrégulière. La récolte rapide des arbres dépérissants et une densité adaptée à la réserve en eau du sol restent les seuls leviers.
Fomes, armillaire et rouille courbeuse : du sol aux jeunes rameaux
Le fomes, Heterobasidion annosum, est un pourridié racinaire qui pénètre par les souches fraîches laissées par une éclaircie, puis passe d'un pin à l'autre par les contacts de racines. Il crée des trouées circulaires qui s'agrandissent d'année en année, avec des arbres qui jaunissent, perdent leur stabilité et se renversent au vent. Les anciennes terres agricoles et les sols calcaires lui sont favorables. La prévention repose sur le traitement des souches juste après la coupe, soit à l'urée, soit par lutte biologique avec un champignon concurrent, Phlebiopsis gigantea, qui occupe la souche avant le fomes.
L'armillaire, autre pourridié, s'attaque aux jeunes plantations installées sur d'anciens feuillus ou sur des sols où subsistent des racines mortes ; un feutrage blanc sous l'écorce du collet le trahit. La rouille courbeuse, Melampsora pinitorqua, déforme les pousses en crosse au printemps. Son cycle alterne entre le pin et le tremble : l'élimination des trembles en bordure des jeunes peuplements réduit les infections, qui deviennent rarement graves au-delà du stade du fourré.
Insectes ravageurs : processionnaire, scolytes et cochenilles
La chenille processionnaire du pin consomme les aiguilles en hiver et tisse des nids soyeux blancs en bout de branche ; ses poils sont urticants pour l'homme et les animaux. Elle affaiblit l'arbre et ralentit sa croissance, mais tue rarement un pin adulte en bonne station. Sur les jeunes peuplements et en lisière, un traitement biologique au Bacillus thuringiensis sur les jeunes larves, les pièges à phéromones et les nichoirs à mésanges limitent les dégâts, comme le détaille notre fiche sur la chenille processionnaire, son cycle et ses risques.
Les scolytes, dont le sténographe (Ips sexdentatus), colonisent les arbres affaiblis, les chablis et le bois mort laissé sur place. Leur présence se lit à la sciure rousse au pied du tronc et aux galeries sous l'écorce ; après la tempête Klaus de 2009, ils ont pullulé dans le massif landais. Reconnaître les signes d'une attaque de scolytes et couper à temps évite qu'un foyer local gagne la parcelle.
Les symptômes de la cochenille du pin maritime, Matsucoccus feytaudi, sont des points blancs filamenteux, sortes de flocons cireux logés dans les fissures de l'écorce, accompagnés d'écoulements de résine. Cette cochenille a provoqué le dépérissement d'une grande partie des pinèdes des Maures et de l'Esterel dans la seconde moitié du XXe siècle. La cochenille tortue du pin, Toumeyella parvicornis, venue d'Amérique du Nord, vise surtout le pin parasol ; repérée dans le Var, elle couvre les rameaux de miellat, les rend collants et noircit le feuillage de fumagine. Sur le pin d'Alep et le pin maritime, sa présence reste à surveiller.
Comment détecter une maladie du pin sur sa parcelle ?
La détection d'une maladie du pin commence par la localisation des symptômes : un arbre isolé, un groupe en tache ou tout un peuplement ne racontent pas la même histoire. Un pin seul qui rougit en plein été, sans cause visible, appelle une vigilance particulière depuis l'arrivée du nématode ; une tache qui s'élargit évoque un pourridié ; un rougissement général après une sécheresse oriente vers le stress hydrique. La grille suivante associe les symptômes caractéristiques aux pistes les plus probables.
| Ce que l'on observe | Piste la plus probable | Geste à faire |
|---|---|---|
| Pin entier qui jaunit puis rougit en quelques semaines, sans résine à la blessure | Nématode du pin (à confirmer en laboratoire) | Ne rien couper ni déplacer, signaler aux services de l'État |
| Anneaux rouges sur les aiguilles, chute par le bas du houppier | Maladie des bandes rouges | Éclaircir, revoir le choix d'essence |
| Pousses de l'année desséchées après grêle ou sécheresse | Diplodia sapinea | Récolter les sujets mourants |
| Trouée qui s'agrandit, arbres renversés, souches anciennes | Fomes ou armillaire | Traiter les souches aux prochaines coupes |
| Sciure rousse au pied, galeries sous l'écorce | Scolytes | Abattre et sortir les bois avant le vol |
| Flocons blancs dans l'écorce ou rameaux collants | Cochenilles | Faire identifier l'espèce |
Pour une détection précoce, deux tournées par an suffisent dans la plupart des cas : une à la fin de l'hiver pour les nids de processionnaire et les chablis, une à la fin de l'été pour les rougissements. Les correspondants-observateurs du Département de la santé des forêts aident à poser un diagnostic, et le CRPF oriente le propriétaire vers le bon interlocuteur.
Prévenir par la sylviculture : densité, eau et diversité
La prévention de la maladie du pin maritime passe d'abord par la conduite du peuplement, car un pin vigoureux résiste mieux à la plupart des agents. Un peuplement trop dense entretient l'humidité au profit des champignons, limite l'accès de chaque arbre à l'eau et produit des sujets élancés à petit houppier, incapables de réagir. L'éclaircie n'est donc pas seulement un acte de production : c'est la principale mesure de gestion du risque disponible, à conduire tôt, avant que la concurrence ait réduit les couronnes. Les densités et le calendrier figurent dans l'itinéraire sylvicole de la futaie régulière de pin maritime.
Trois réflexes complètent cette base. Sortir rapidement les bois des arbres morts et les rémanents de forte section, qui nourrissent scolytes et longicornes. Traiter les souches lors des éclaircies dans les secteurs à fomes. Introduire, quand la station le permet, des feuillus en mélange ou en lisière, qui freinent la circulation des insectes et des spores. Au moment du renouvellement, la régénération naturelle du pin maritime garde un matériel génétique adapté à la station, tandis qu'une plantation permet de choisir des provenances plus tolérantes à la sécheresse.
Pin maritime malade : réponses aux situations de terrain
Faut-il couper un pin défolié par la processionnaire ?
Un pin défolié par la processionnaire ne se coupe pas : la reprise des aiguilles est généralement complète l'année suivante. Seul un arbre déjà dépérissant pour une autre raison justifie une récolte.
Que faire face à un pin qui rougit d'un coup en plein été ?
Un pin qui rougit d'un coup sans cause visible doit rester en place et être signalé au service régional de l'alimentation de la DRAAF ou à la FREDON : seul un prélèvement analysé en laboratoire écarte le nématode. Déplacer le bois avant ce résultat risque de propager l'organisme.
Existe-t-il un traitement curatif contre le nématode du pin ?
Aucun traitement curatif contre le nématode du pin n'existe sur un arbre vivant. La lutte repose sur l'abattage des arbres sensibles autour du foyer, le contrôle des insectes vecteurs et les restrictions de transport de bois.















