Le pin laricio de Corse (Pinus nigra subsp. laricio) est un résineux de montagne dont la sylviculture vise un fût droit et un bois de charpente. En forêt privée, sa conduite repose sur trois choix du propriétaire forestier : la station, une densité modérée et des éclaircies précoces, sous la menace de la maladie des bandes rouges.
- Station : terrains acides et filtrants, loin des fonds humides et des secteurs brumeux.
- Reboisement : plants en godet, lignes peu serrées, dégagements suivis les premières saisons.
- Éclaircies : précoces et répétées, pour un peuplement trapu qui tient sous la neige.
- Menace majeure : les bandes rouges, à vérifier avec un technicien forestier avant tout projet, comme pour les autres essences et leur conduite.
D'où vient le laricio et à quoi le reconnaître ?
Le laricio est une sous-espèce du pin noir (Pinus nigra), comme le pin noir d'Autriche des terrains calcaires ou le pin de Salzmann des Cévennes et des Pyrénées. Son aire d'origine, méditerranéenne, se limite à trois îlots méditerranéens de montagne : la Corse, où il forme les grandes forêts d'Aïtone, de Valdu Niellu ou de Vizzavona, la Calabre, dans le massif de la Sila, et la Sicile, sur les pentes de l'Etna. La botanique distingue la variété corse, longtemps nommée corsicana, du pin laricio de Calabre, variété plus rare dans les reboisements français.
En Corse, ces forêts, entre l'étage montagnard et la limite des arbres en altitude, appartiennent pour une large part à la Collectivité de Corse et sont gérées par l'ONF (Office national des forêts), qui y conduit des futaies anciennes de très grande hauteur : le laricio compte parmi les conifères indigènes les plus hauts de France. Sur le continent, l'arbre n'existe qu'en reboisement, installé surtout au vingtième siècle sur les terres pauvres du Centre et de l'Ouest, dont les Pays de la Loire.
On le reconnaît à son tronc rectiligne, à son écorce gris argenté qui se fend en larges plaques sur les vieux sujets, à ses feuilles en aiguilles groupées par deux, longues, souples et souvent tordues, et à son houppier étroit, en flèche, tant que l'arbre reste jeune.
Ce que la forme et le bois apportent au sylviculteur
La rectitude du laricio est sa première qualité : le tronc monte droit, cylindrique, avec des verticilles de branches fines et régulières. Ce port tient à l'arbre lui-même, beaucoup moins à la concurrence entre tiges que chez d'autres résineux, ce qui autorise des lignes moins serrées. Le bois présente un duramen plus durable que celui du pin sylvestre et se valorise en charpente, en menuiserie et en sciage de qualité, à condition d'avoir élagué tôt.
Le laricio supporte les terrains pauvres et acides, tolère la sécheresse estivale mieux que la plupart des résineux de reboisement et résiste au froid. Sa croissance juvénile reste plus lente que celle du pin maritime, mais elle se prolonge plus longtemps, si bien que l'écart se resserre avec l'âge. Le tableau compare le laricio aux trois autres pins plantés dans l'Ouest sur les critères qui décident du choix.
| Critère | Laricio | Maritime | Sylvestre | Noir d'Autriche |
|---|---|---|---|---|
| Sol recherché | acide, filtrant | sableux, acide | large amplitude, pauvre | calcaire accepté |
| Sécheresse estivale | bonne tolérance | bonne tolérance | tolérance moyenne en plaine | bonne tolérance |
| Forme du fût | très droite | souvent courbée à la base | variable selon la provenance | correcte, grosses branches |
| Croissance juvénile | lente, puis soutenue | rapide | moyenne | moyenne |
| Point faible | bandes rouges, neige lourde | grands froids | sécheresse prolongée | bois noueux |
Choisir la station avant de planter
Le choix de la station décide plus que tout autre geste de la réussite d'un peuplement de laricio. Ce résineux aime les terres acides, sableuses ou limono-sableux, profondes et bien drainées ; il souffre sur calcaire actif, où le feuillage jaunit, et dépérit sur les terres hydromorphes, gorgés d'eau l'hiver. Une fosse pédologique creusée avant les travaux suffit souvent à trancher.
Le climat compte autant que la nature du terrain. Les fonds de vallée, les lisières humides et les secteurs à brouillards fréquents entretiennent une humidité de l'air qui favorise les champignons du feuillage. Un versant ventilé, un plateau sec ou une lande sableuse conviennent bien mieux. Le catalogue des stations de la région et le conseil d'un technicien forestier permettent de situer chaque parcelle avant de commander les plants.
Réussir l'installation et les premiers entretiens
L'installation du laricio se fait en plants en godet de préférence aux plants à racines nues, qui reprennent mal chez ce résineux au système racinaire sensible au dessèchement. Le nombre de plants à l'hectare reste modéré : la forme de l'arbre ne réclame pas de serrer les lignes, et un peuplement trop dense aggrave la menace sanitaire. La question est détaillée dans la fiche sur la densité de départ d'une futaie régulière.
Les premières saisons, les dégagements maintiennent les jeunes plants hors de la concurrence des fougères, des genêts et des ronces, car le laricio demande la pleine lumière. Une protection contre les cervidés s'impose là où les populations sont fortes : les frottis de brocards sur les jeunes tiges ruinent la forme qui fait tout son intérêt. Un regarnissage ne se justifie que si les manques forment de vraies trouées.
Éclaircir tôt pour un peuplement trapu
Les éclaircies du laricio commencent tôt et reviennent régulièrement, dès que les houppiers se touchent. Le forestier surveille le rapport entre la hauteur et le diamètre des tiges : un peuplement élancé plie ou casse sous la neige lourde, à laquelle ce résineux est particulièrement sensible. Chaque passage retire en priorité les tiges dominées, fourchues ou malades et détoure les plus belles.
L'élagage artificiel complète les éclaircies, car l'élagage naturel reste lent : les branches mortes persistent longtemps sur le tronc. Élaguer les arbres d'avenir sur plusieurs mètres produit un bois sans nœuds, mieux payé en sciage. Les principes généraux de cette conduite sont repris dans la fiche sur la futaie résineuse régulière.
Les bandes rouges et les autres menaces sanitaires
La maladie des bandes rouges, due au champignon Dothistroma septosporum, constitue le principal danger pour le laricio en reboisement. Elle se signale par des bandes rouge brique sur le feuillage, qui tombe avant l'âge, une défoliation qui progresse du bas vers le haut du houppier et un net ralentissement de la croissance. Les peuplements denses et les stations à forte humidité de l'air souffrent le plus. Depuis les années 1990, cette sensibilité a fait reculer les reboisements dans les secteurs exposés de l'Ouest.
D'autres menaces pèsent sur le laricio : le champignon Sphaeropsis sapinea après une sécheresse ou une grêle, la chenille processionnaire, et l'incendie, propre à tout peuplement résineux en lande. Le réchauffement modifie aussi la géographie de ces dangers, comme le montre la page sur l'adaptation des forêts au changement climatique.
Laricio en Pays de la Loire : trois doutes avant de reboiser
Peut-on encore planter du laricio dans l'Ouest ?
Le laricio se plante encore dans l'Ouest, mais seulement sur des stations sèches et ventilées, après vérification de l'état sanitaire des peuplements voisins. Un massif où les bandes rouges sont installées déconseille tout reboisement nouveau.
Faut-il le mélanger avec des feuillus ?
Le mélange du laricio avec des feuillus, par bandes ou par bouquets, dilue la menace sanitaire et améliore la vie de l'humus. Le chêne sessile, le châtaignier ou le bouleau accompagnent bien le laricio sur les terres acides de la région.
Le laricio entre-t-il dans un document de gestion ?
Le laricio entre dans le plan simple de gestion ou le code des bonnes pratiques sylvicoles comme tout arbre de production. Le Centre national de la propriété forestière (CNPF), par ses délégations régionales, agrée ces documents et conseille chaque propriétaire forestier sur le choix des arbres.
Le laricio, refuge d'une biodiversité unique en Corse
Les vieilles forêts de laricio de Corse abritent la sittelle corse (Sitta whiteheadi), un petit passereau endémique de l'île, le seul oiseau propre au territoire français métropolitain. La sittelle corse trouve son habitat dans les cavités des vieux arbres et dépend des graines de laricio pour se nourrir l'hiver : sa conservation passe par le maintien de pins âgés et d'arbres morts sur pied, que l'ONF intègre à sa gestion des forêts de l'île.
Sur le continent, un peuplement de laricio n'accueille pas cette faune insulaire, mais elle gagne en biodiversité quand le forestier conserve un sous-étage feuillu, des lisières étagées et quelques arbres à cavités. Ces gestes coûtent peu, enrichissent la diversité et l'écologie du peuplement et le rendent plus résistant aux ravageurs.
Les fiches à télécharger et leurs auteurs
Les références techniques sur le laricio viennent de trois sources dont l'auteur se retrouve facilement. L'ONF publie des fiches essences et des guides de sylviculture pour la Corse ; l'INRAE diffuse sur sa plateforme d'archives ouvertes HAL les travaux de ses chercheurs sur le Dothistroma et la génétique du pin noir ; le CNPF, enfin, rédige des fiches de conduite destinées aux propriétaires privés.
Avant de télécharger un document, vérifier son auteur et sa date évite d'appliquer une consigne dépassée : les recommandations de densité et de choix des stations ont changé depuis l'arrivée du champignon, et une fiche ancienne peut encore conseiller des lignes serrées que l'on déconseille aujourd'hui.















