Depuis la loi du 10 juillet 2023, le plan simple de gestion (PSG) s'impose à toute forêt privée d'une superficie supérieure à 20 hectares, contre 25 auparavant. Document de gestion durable agréé par le CRPF, il programme coupes et travaux sur 10 à 20 ans, dispense d'autorisation à chaque coupe et apporte la garantie de gestion durable des forêts.
Le PSG en trois repères
- Obligation : forêt privée de plus de 20 hectares, parcelles de bois contiguës ou non, situées dans une même commune ou des communes limitrophes (article L312-1 du code forestier).
- Contenu : état des lieux de la forêt, objectifs de gestion du propriétaire forestier, coupes et travaux planifiés sur 10 à 20 ans.
- Effets : plus de demande d'autorisation pour chaque coupe inscrite, garantie de gestion durable pour les aides, la certification forestière et la fiscalité.
Qu'est-ce qu'un plan simple de gestion ?
Le plan simple de gestion, abrégé PSG, est l'un des trois documents de gestion durable prévus par le code forestier pour la forêt privée. Il décrit la propriété, fixe des objectifs et programme, parcelle par parcelle, les coupes et travaux sur une période de dix à vingt ans. C'est à la fois une obligation légale au-delà d'une certaine surface et un outil d'analyse que le propriétaire garde en main pour conduire ses peuplements : un plan simple de gestion est un outil pour planifier les interventions et atteindre les objectifs fixés, pas une formalité à ranger dans un tiroir.
Le document n'est pas un simple formulaire. Il oblige à regarder la forêt telle qu'elle est : essences présentes, âge des arbres, état sanitaire, accès, contraintes réglementaires. Ce travail d'état des lieux est ce qui donne sa valeur au plan : un PSG rédigé sur une description fidèle permet de prévoir les recettes de bois, d'éviter les coupes à contretemps et de transmettre une forêt en ordre.
Le plan simple de gestion s'inscrit dans un cadre régional. Chaque région dispose d'un schéma régional de gestion sylvicole, qui décrit les grands types de peuplements et les itinéraires recommandés ; le PSG doit s'y conformer. Les documents cadres qui s'imposent en amont sont présentés dans les documents cadres de la gestion forestière régionale.
Les trois documents de gestion durable
Le propriétaire forestier dispose de trois outils, selon la surface de sa propriété et le niveau d'engagement qu'il recherche. Le tableau suivant les compare sur les points qui comptent au moment de choisir.
| Document | Pour qui | Contenu | Validation |
|---|---|---|---|
| Plan simple de gestion (PSG) | Obligatoire au-delà de 20 ha ; volontaire à partir de 10 ha | Analyse propre à la propriété, programme de coupes et travaux sur 10 à 20 ans | Agrément par le CRPF |
| Règlement type de gestion (RTG) | Propriétés non soumises au PSG, adhérentes d'un organisme de gestion ou clientes d'un expert | Itinéraires types par grand peuplement, rédigés par l'organisme | RTG approuvé par le CRPF, adhésion du propriétaire |
| Code des bonnes pratiques sylvicoles (CBPS) | Petites propriétés non soumises au PSG | Engagement à respecter des recommandations régionales pendant 10 ans | Adhésion enregistrée par le CRPF |
Le règlement type de gestion RTG et le code des bonnes pratiques sont des engagements plus légers ; l'engagement allégé propre aux petites surfaces est détaillé dans le code des bonnes pratiques sylvicoles. Seul le plan simple de gestion est construit sur mesure pour une propriété donnée.
Qui est concerné par l'obligation ?
L'obligation figure à l'article L312-1 du code forestier. Elle vise les forêts privées dont la surface totale, pour un même propriétaire, est supérieure au seuil légal. Ce seuil a été abaissé de 25 à 20 hectares par la loi du 10 juillet 2023 visant à renforcer la prévention et la lutte contre l'intensification et l'extension du risque incendie. L'idée du législateur : faire entrer dans une gestion documentée des massifs moyens, souvent peu suivis, où le manque d'entretien aggrave le risque de feu.
Comment se calcule la surface ?
La surface s'apprécie par propriétaire, et non par parcelle. Les parcelles n'ont pas besoin d'être d'un seul tenant : sont additionnées celles qui sont situées dans une même commune et dans les communes limitrophes de celle-ci. Un propriétaire qui détient 12 hectares dans une commune et 9 hectares dans la commune limitrophe se trouve ainsi au-dessus du seuil de 20 hectares, même si les deux blocs ne se touchent pas. Les biens détenus en indivision ou via un groupement forestier sont comptés au nom de la structure propriétaire.
En pratique, le centre régional de la propriété forestière recense les propriétés qui dépassent le seuil à partir des données cadastrales et adresse un courrier aux propriétaires concernés. Ne pas avoir reçu ce courrier ne dispense pas de l'obligation : il appartient au propriétaire de vérifier sa situation.
Et en dessous de 20 hectares ?
Un propriétaire dont la forêt fait au moins 10 hectares peut présenter un PSG volontaire. Cette démarche lui permet de bénéficier des mêmes garanties qu'une propriété soumise : dispense d'autorisation pour les coupes programmées et accès aux dispositifs réservés aux forêts présentant une garantie de gestion durable. En deçà, le règlement type de gestion ou le code des bonnes pratiques (CBPS, parfois abrégé CBP) restent les options adaptées. Une parcelle isolée, située hors de la commune et des communes limitrophes, n'entre pas dans le calcul de la superficie, mais rien n'empêche de l'intégrer au plan pour la gérer dans le même document.
Quels documents et éléments obligatoires contient le PSG ?
Le contenu est fixé par la partie réglementaire du code forestier et précisé, région par région, par le schéma régional de gestion sylvicole. On y retrouve toujours quatre ensembles.
- L'identification de la propriété : nom et adresse du propriétaire, liste des parcelles cadastrales avec leur commune et leur surface, plan de situation et cartographie des parcelles à une échelle lisible.
- L'état des lieux de la forêt : description des peuplements par unité homogène (essences, âge, structure, volume ou surface terrière, qualité), des sols, de la desserte, des équipements et de l'historique des coupes.
- L'analyse des enjeux et les objectifs de gestion : enjeux économiques, environnementaux et sociaux, présence de zones protégées, objectifs du propriétaire (production de bois, revenu régulier, chasse, accueil du public, biodiversité).
- Le programme d'exploitation et de travaux : nature, surface et année prévue de chaque coupe, travaux sylvicoles (plantations, dégagements, élagages, entretien des chemins), avec leur localisation.
Des annexes sont exigées lorsque la forêt est située dans un périmètre protégé. Un site Natura 2000, un monument historique, un site classé ou une zone relevant du code de l'environnement imposent en principe une autorisation spécifique pour chaque coupe. Le PSG peut intégrer ces contraintes dès sa rédaction grâce aux annexes dites « vertes » : une fois le plan agréé au titre de l'article L122-7 du code forestier, les coupes conformes n'ont plus à passer devant chaque administration concernée.
Comment rédiger un plan simple de gestion ?
La rédaction peut être assurée par le propriétaire lui-même, par un gestionnaire forestier professionnel, un expert forestier ou une coopérative forestière. Déléguer ou non se décide en fonction du temps disponible, de la complexité de la propriété et de l'aisance du propriétaire avec la description des peuplements.
Les étapes de rédaction
- Rassembler les pièces : relevé de propriété cadastral, plans, anciens documents de gestion, factures de travaux, contrats de vente de bois, éventuel bail de chasse.
- Parcourir la forêt : c'est l'étape la plus longue. Chaque parcelle est visitée pour en décrire le peuplement, noter les dégâts de gibier ou de ravageurs, repérer les chemins et les zones humides.
- Définir les objectifs : le propriétaire arbitre entre production, revenu, chasse et biodiversité. Des objectifs contradictoires laissés côte à côte sans arbitrage rendent le programme incohérent.
- Construire le programme : les coupes et travaux sont répartis année par année, en tenant compte de la capacité réelle d'exécution.
- Déposer le document auprès du CRPF, sous forme papier ou en ligne selon les régions.
Rédiger seul ou se faire aider ?
Le propriétaire qui rédige seul trouve une aide à la rédaction auprès du CRPF : modèle de plan simple de gestion, guide pour propriétaires, formations courtes et parfois une assistance téléphonique. Le centre national de la propriété forestière, établissement public placé sous la tutelle du ministère de l'Agriculture, publie également des trames nationales reprises par les délégations régionales, et un service de dépôt en ligne existe dans plusieurs régions. Pour une grande propriété ou des peuplements variés, faire appel à un expert en gestion forestière ou à un gestionnaire forestier professionnel sécurise le dossier et limite les allers-retours lors de l'instruction.
Le coût d'une rédaction confiée à un professionnel varie selon la surface, le morcellement, la diversité des peuplements et la présence de périmètres protégés. Des aides existent dans certaines régions pour financer une première rédaction, notamment pour les propriétés nouvellement soumises au seuil de 20 hectares : le CRPF indique celles qui sont ouvertes au moment de la demande.
L'agrément par le centre régional
Le document est instruit par le centre régional de la propriété forestière (CRPF), délégation régionale du Centre national de la propriété forestière. Ses techniciens vérifient la conformité au schéma régional de gestion sylvicole, la cohérence du programme et la prise en compte des enjeux environnementaux. Le conseil de centre, composé de propriétaires élus, prononce ensuite l'agrément.
Le CRPF peut demander des compléments ou des modifications avant de rendre sa décision. Une fois agréé, le PSG vaut pour la durée qu'il prévoit ; à son échéance, un nouveau plan doit être présenté, faute de quoi la propriété repasse sous le régime des autorisations au cas par cas.
Modifier un plan en cours de route
Une forêt ne suit pas toujours le calendrier écrit. Un avenant peut être déposé pour ajuster le programme : achat de nouvelles parcelles, changement d'objectif, peuplement plus avancé que prévu. En situation de gestion de crise (tempête, incendie, attaque de scolytes), des coupes d'urgence non prévues sont possibles après déclaration au CRPF, pour éviter la dépréciation des bois ou la propagation d'un ravageur.
Quels sont les avantages d'un plan simple de gestion ?
Le premier avantage est pratique : les coupes et travaux inscrits dans un PSG agréé n'ont plus à faire l'objet d'une demande d'autorisation à chaque intervention. Le propriétaire gagne du temps et de la visibilité sur ses recettes.
Le deuxième est fiscal et financier. Un plan agréé apporte une garantie de gestion durable au sens du code forestier. Cette garantie conditionne le bénéfice de régimes de faveur sur les droits de mutation (succession, donation) et sur l'impôt sur la fortune immobilière, ainsi que de dispositifs de réduction d'impôt liés à l'investissement forestier. La notion et ses effets sont précisés dans la garantie de gestion durable et ses usages fiscaux. Beaucoup de propriétaires engagent la démarche pour ce seul motif, et c'est un calcul défendable, à condition de respecter ensuite le programme : les engagements pris pour bénéficier de ces régimes se contrôlent.
Le troisième tient à la valorisation : un PSG facilite l'adhésion à une certification forestière de type PEFC, donne accès à certaines aides publiques aux travaux (reboisement, desserte, amélioration des peuplements) et rassure un acheteur lors d'une vente. Il sert aussi de mémoire à la famille : le prochain propriétaire sait quelles coupes ont été faites, lesquelles restent à venir et pourquoi.
Ce qui varie d'une région à l'autre
Le cadre national est le même partout, mais chaque délégation régionale du CNPF applique son propre schéma régional. En Nouvelle-Aquitaine, massif de pin maritime oblige, le schéma insiste sur la régénération naturelle ou artificielle après coupe rase et sur la défense des forêts contre l'incendie. En Bourgogne, où dominent les chênaies et les futaies feuillues, il met l'accent sur l'amélioration des peuplements et le maintien d'îlots de vieux bois. En Pays de la Loire, les peupleraies de vallée et les boisements morcelés du bocage posent surtout la question des petites surfaces et de la desserte.
Côté administration, le service forestier de la direction départementale des territoires (DDT), placée sous l'autorité du préfet, instruit les autorisations de coupe des propriétés sans plan et contrôle le respect des obligations de reboisement. La cartographie des parcelles et la liste des propriétés soumises sont désormais disponibles sous forme numérique dans la plupart des régions, ce qui accélère le repérage des forêts nouvellement concernées par le seuil. Une coopérative forestière ou un expert peut aussi vérifier, à partir du relevé cadastral, si une propriété héritée ou achetée entre dans le dispositif : c'est une précaution utile avant toute transmission de patrimoine forestier. Un nouveau propriétaire qui reprend une forêt déjà dotée d'un PSG agréé en poursuit l'application ; il le signale au CRPF et peut demander un avenant s'il change d'objectifs.
Que risque un propriétaire sans PSG ?
Une propriété soumise qui n'a pas de plan agréé relève du régime spécial d'autorisation administrative : toute coupe doit être autorisée au préalable par l'administration, après avis du CRPF. Une coupe réalisée sans cette autorisation ou en infraction avec le plan agréé expose à des sanctions pénales prévues par le code forestier, proportionnées à la surface parcourue.
La perte des avantages est souvent plus lourde que l'amende : sans garantie de gestion durable, pas de régime de faveur sur la transmission, pas d'accès à certaines aides et une vente de bois plus compliquée. Le CRPF relance les propriétaires en retard avant toute poursuite, et le plus simple reste de déposer un document même modeste pour sortir de cette situation.
La mise en œuvre et le suivi des travaux
Une fois le plan agréé, le propriétaire exécute le programme à son rythme, dans une marge de tolérance : une coupe peut en principe être avancée ou reculée de quelques années sans avenant, selon les règles fixées par le schéma régional. Tenir un carnet de suivi des travaux (date, parcelle, volume vendu, acheteur, entreprise d'exploitation) facilite le bilan en fin de plan et la rédaction du suivant.
Trois erreurs font perdre du temps. Un programme trop ambitieux, que l'on ne tiendra pas et qu'il faudra modifier ; mieux vaut un calendrier modeste et tenu qu'un plan théorique. Des objectifs contradictoires, par exemple maximiser la production de bois tout en conservant tous les vieux arbres, sans arbitrage écrit. Et un état des lieux trop sommaire, qui ne permet pas de justifier les coupes prévues lors de l'instruction.
Le PSG n'est pas figé : il accompagne la forêt dans le temps. Les démarches voisines (autorisations, reboisement, droit de préférence, chasse) sont réunies dans la rubrique droit et démarches du propriétaire forestier.
Questions fréquentes sur le PSG
Combien de temps dure un plan simple de gestion ?
Le programme couvre une période de dix à vingt ans, choisie par le propriétaire selon ses peuplements. À l'échéance, un nouveau plan est rédigé en s'appuyant sur le bilan du précédent.
Le seuil de 20 hectares vaut-il pour des parcelles séparées ?
Oui dès lors qu'elles appartiennent au même propriétaire et sont situées dans une même commune ou dans des communes limitrophes. Elles n'ont pas besoin d'être d'un seul tenant.
Qui agrée le plan simple de gestion ?
Le conseil de centre du centre régional de la propriété forestière, après instruction par ses techniciens de la conformité au schéma régional de gestion sylvicole.
Peut-on faire un PSG volontaire ?
Un propriétaire dont la forêt compte au moins 10 hectares peut présenter un plan simple de gestion volontaire et bénéficier des mêmes garanties qu'une propriété soumise.















