Une haie champêtre de plusieurs strates abrite à la fois le gibier, les oiseaux, les insectes pollinisateurs et la flore du bocage : c'est l'un des réservoirs de biodiversité les plus riches du paysage agricole, et l'un des plus menacés. Planter, entretenir et relier ces linéaires profite autant à la chasse qu'à la nature.
Pourquoi la haie compte autant pour la biodiversité
La haie concentre la biodiversité parce qu'elle réunit sur quelques mètres de large plusieurs milieux : un sol non labouré, une bande herbeuse, des arbustes, des arbres de haut jet et souvent un fossé. Chaque strate offre un habitat différent, et la lisière entre la haie et la parcelle cultivée ajoute un effet de bordure où les espèces des deux milieux se croisent. Les naturalistes y recensent des plantes à fleurs, des champignons, des coléoptères du bois mort, des papillons, des chauves-souris, des reptiles, des petits mammifères et une longue liste d'oiseaux nicheurs.
Ce rôle écologique dépasse la parcelle. Reliées entre elles, les haies forment un réseau que la faune sauvage emprunte pour circuler d'un bois à une mare ou d'une prairie à un verger : c'est l'idée de la trame verte et bleue, inscrite dans les documents d'aménagement du territoire. Un linéaire coupé en tronçons isolés perd une grande part de cet intérêt, même si chaque morceau reste en bon état.
La haie rend enfin des services à l'agriculture : effet brise-vent sur les cultures et le bétail, ombre pour les animaux au pré, freinage du ruissellement et de l'érosion du sol, épuration de l'eau qui s'infiltre, stockage du carbone dans le bois et les racines. Ces atouts expliquent que les chambres d'agriculture, l'Office français de la biodiversité (OFB) et de nombreuses associations accompagnent aujourd'hui les projets de plantation.
Sommaire
- Pourquoi la haie compte autant pour la biodiversité
- Le bocage des Pays de la Loire, un réseau à reconstituer
- Chasse et haie : ce que le petit gibier y trouve
- Quels types de haies favoriser ?
- Comment créer une haie naturelle ?
- Haie, chasse et nature : réponses courtes aux questions de terrain
- Entretenir une haie sans lui faire perdre son intérêt
Le bocage des Pays de la Loire, un réseau à reconstituer
Le bocage ligérien, de la Mayenne à la Vendée en passant par le Maine-et-Loire, reste l'un des grands paysages de haies de France, mais il a reculé comme partout. Les remembrements de la seconde moitié du XXe siècle, l'agrandissement des parcelles et l'abandon de l'élevage à l'herbe ont fait disparaître une grande partie du linéaire d'origine ; les estimations nationales relayées par le ministère de l'Agriculture évoquent environ 70 % des haies perdues depuis 1950.
Le recul continue : le rapport du CGAAER publié en 2023 sur la haie estimait la perte nette à plus de 20 000 kilomètres par an sur la période récente, malgré les plantations. Le Pacte en faveur de la haie, présenté par l'État en septembre 2023, fixe un objectif d'un gain net de 50 000 kilomètres de haies d'ici 2030, avec des financements pour la plantation et la gestion durable.
En forêt privée, la question rejoint celle des bois et de leurs bordures. La lisière étagée d'un bois fonctionne comme une haie adossée à la forêt : le propriétaire qui gère à la fois des parcelles boisées et un bocage a tout intérêt à penser l'ensemble comme un seul réseau de corridors.
Chasse et haie : ce que le petit gibier y trouve
Pour le chasseur, la haie est d'abord le garde-manger et le refuge du petit gibier de plaine. La perdrix grise et la perdrix rouge nichent au pied des haies, dans la bande herbeuse non fauchée ; le faisan y trouve couvert et nourriture d'hiver ; le lièvre s'y abrite des prédateurs et des intempéries ; le lapin de garenne y creuse ses terriers. Le chevreuil, lui, utilise les haies épaisses comme couloirs entre deux massifs.
Les fédérations de chasseurs financent depuis longtemps des plantations et des bandes enherbées, parce qu'un territoire sans haies ne retient pas le gibier, même repeuplé. Les points qui comptent pour la faune chassable rejoignent ceux qui comptent pour la biodiversité en général :
- une base épaisse et buissonnante, avec des épineux (prunellier, aubépine, églantier) qui protègent des prédateurs ;
- une bande herbeuse de quelques mètres, fauchée tard, pour la nidification au sol ;
- des arbustes à baies et à fruits qui nourrissent l'hiver ;
- la continuité du réseau, qui permet aux animaux de se déplacer à couvert.
En retour, la densité de chevreuils ou de lapins près d'une plantation jeune impose souvent de protéger les plants : les solutions pour mettre des manchons ou des clôtures contre l'abroutissement valent aussi pour une haie neuve.
Quels types de haies favoriser ?
Le type de haie à favoriser dépend du but recherché, mais la haie champêtre pluristratifiée, composée d'essences locales variées, reste la plus utile à la faune sauvage. Le tableau compare les principales formes rencontrées dans le bocage.
| Type de haie | Composition | Intérêt écologique |
|---|---|---|
| Haie basse taillée | Arbustes rabattus chaque année | Faible : peu de fleurs, peu de fruits |
| Haie arbustive libre | Arbustes variés, taille latérale espacée | Bon pour les oiseaux et le petit gibier |
| Haie champêtre à trois strates | Herbacées, arbustes, arbres de haut jet | Très élevé : nidification, nourriture, corridor |
| Haie brise-vent | Arbres et arbustes en rangs serrés | Bon, surtout avec une base arbustive |
| Alignement d'arbres têtards | Chênes, frênes ou saules émondés | Élevé : cavités pour chouettes et insectes |
La haie monospécifique de jardin, de laurier ou de thuya, rend peu de services : elle ne fleurit guère, ne nourrit presque personne et vieillit mal. Dans un petit jardin comme au bord d'un champ, mieux vaut une haie vive d'essences locales.
Comment créer une haie naturelle ?
Créer une haie naturelle commence par le choix des végétaux : des essences locales, adaptées au sol et au climat, dont la liste peut être demandée au conseiller bocage de la chambre d'agriculture ou à une association de plantation. Le label Végétal local garantit l'origine régionale des plants. Dans l'Ouest, on retrouve souvent le chêne pédonculé, l'érable champêtre, le merisier, le charme, le noisetier, le cornouiller sanguin, le fusain, la viorne, l'aubépine et le prunellier.
La mise en place suit quelques règles techniques :
- préparer le sol l'été précédent par un sous-solage ou un travail superficiel, sans retourner la terre ;
- planter de jeunes plants, plus faciles à reprendre, de novembre à mars hors gel ;
- alterner les essences sans motif répétitif et prévoir des arbres de haut jet tous les huit à dix mètres ;
- pailler le pied, avec du bois broyé ou un paillage biodégradable, pour limiter la concurrence de l'herbe ;
- protéger les plants du lapin et du chevreuil là où la pression est forte.
Des programmes de financement existent pour les agriculteurs, les collectivités et les particuliers : le Pacte en faveur de la haie, les régions, les départements et les fédérations de chasse proposent un accompagnement technique et une aide à la plantation. Le conseiller du projet indique les règles d'éligibilité en vigueur.
Haie, chasse et nature : réponses courtes aux questions de terrain
Quels sont les bénéfices des haies pour la biodiversité ?
Les haies offrent à la faune sauvage un abri, de la nourriture, des sites de reproduction et des corridors de déplacement. Une haie champêtre bien structurée accueille des dizaines d'espèces d'oiseaux, d'insectes et de mammifères que les grandes cultures ne logent plus.
Quels sont les impacts de la disparition des haies ?
La disparition des haies entraîne le déclin des oiseaux des champs et du petit gibier, l'érosion des sols, un ruissellement plus rapide vers les rivières et la perte d'un stockage de carbone. Le paysage s'uniformise et les populations animales restent isolées.
Quand peut-on tailler une haie agricole ?
Sur les terres déclarées à la PAC, la règle de conditionnalité interdit la taille des haies du 16 mars au 15 août, pendant la période de nidification. Hors PAC, la même période de repos reste vivement conseillée pour la faune.
Entretenir une haie sans lui faire perdre son intérêt
L'entretien d'une haie bocagère se pense sur plusieurs années, en conduisant chaque strate à part. Les arbres de haut jet sont élagués pour le bois d'œuvre ou laissés libres ; les arbustes sont recépés par tronçons, jamais tous la même année ; les têtards sont émondés tous les dix à quinze ans pour produire du bois de chauffage ou du bois raméal fragmenté. Le calendrier et les outils de la taille latérale au lamier ou à l'épareuse font la différence entre une haie qui s'épaissit et une haie déchiquetée.
Quelques gestes de gestion durable favorisent la biodiversité sans coût supplémentaire : laisser quelques arbres morts debout, garder les ronciers en pied de haie par endroits, faucher la bande herbeuse une fois par an après l'été, éviter tout traitement chimique au pied. Un plan de gestion de haies, comme le propose le label Haie, aide l'agriculteur à programmer ces interventions et à valoriser le bois produit.
Ces choix rejoignent ceux de la biodiversité forestière à l'échelle du massif : bois mort, diversité des essences et des âges, continuité des milieux. Une haie gérée ainsi devient une petite forêt linéaire, utile au chasseur, à l'éleveur et à la nature.












