La pression de cervidés en forêt se mesure avant de se subir : un enclos-exclos et un indice d'abroutissement noté chaque hiver donnent au propriétaire forestier des observations de terrain sur l'impact du chevreuil et du cerf, utiles pour défendre l'équilibre forêt-gibier face aux chasseurs.
Trois mesures suffisent pour un dossier solide
- une placette grillagée témoin qui montre ce que le sous-bois devient sans ongulé ;
- un comptage hivernal des plants dont la pousse terminale est consommée ;
- un historique de plusieurs saisons de chasse, présenté avant la révision des attributions.
Pourquoi les dégâts de cervidés menacent le renouvellement forestier
Les dégâts de cervidés sont aujourd'hui le premier facteur d'échec des semis dans beaucoup de massifs feuillus et résineux. Le chevreuil broute les jeunes pousses, le cerf écorce les perches et frotte ses bois sur les tiges, et les deux espèces consomment une part de la végétation du sous-bois qui protégeait autrefois les jeunes arbres. La dégradation de la forêt ne se voit pas tout de suite : un peuplement adulte garde son aspect, alors que plus aucune tige ne lui succède.
Dans un contexte de changement climatique, cette menace sur la forêt pèse plus lourd. Le propriétaire qui replante du chêne sessile, du cèdre ou du douglas pour soigner sa forêt face au climat qui change investit dans des essences que le gibier recherche, et chaque plant détruit retarde l'adaptation de plusieurs saisons. L'Office national des forêts (ONF) range désormais l'équilibre des populations de grand gibier parmi les conditions de réussite de la gestion durable des ressources forestières.
L'enclos-exclos, preuve visuelle de l'impact sur la forêt
L'enclos-exclos rend l'impact des ongulés visible sans discussion possible. Le propriétaire installe sur la parcelle une petite surface grillagée de quelques dizaines de mètres carrés, inaccessible au chevreuil comme au cerf, puis il compare ce qui pousse dedans et dehors. L'écart entre les deux surfaces représente la pression exercée par les ongulés sur la végétation et les semis.
Quelques mois suffisent pour voir apparaître une différence, et deux ou trois saisons donnent une image incontestable : ronce commune, myrtille, charme et chêne repartent à l'abri, tandis qu'à l'extérieur le tapis reste ras. Des photographies prises au même endroit chaque printemps documentent cette évolution au cours du temps. Cette placette témoin reste l'outil le plus convaincant pour appuyer une demande de révision des attributions.
L'indice d'abroutissement et la pousse terminale
L'indice d'abroutissement mesure la part des jeunes plants dont la pousse terminale a été consommée. Le forestier parcourt la parcelle selon un cheminement fixe, examine un nombre défini de tiges et note celles dont la flèche porte une trace de dent. La pousse terminale décide de l'avenir du plant : une morsure latérale se rattrape, une flèche coupée d'un hiver à l'autre déforme la tige et lui fait perdre sa hauteur moyenne.
Un comptage réalisé chaque fin d'hiver, sur le même parcours, suit une tendance plutôt qu'un état ponctuel. Le gestionnaire distingue l'espèce responsable par la forme de la coupure : le chevreuil laisse une section déchirée en biseau, comme tous les ruminants dépourvus d'incisives supérieures, alors que le lièvre tranche net. Cette lecture évite d'attribuer au grand gibier des dégâts causés par une autre faune sauvage.
Les indicateurs de changement écologique suivis par l'ONF
L'ONF, l'OFB et les fédérations de chasseurs suivent les populations de cervidés grâce aux indicateurs de changement écologique, une méthode issue de la recherche publique. Plutôt que de compter des animaux, presque impossible en forêt fermée, ces indicateurs comparent d'une saison sur l'autre trois familles de mesures :
- l'abondance relative, estimée par des parcours répétés de nuit avec un projecteur, qui indique si la densité de cervidés monte ou baisse ;
- la performance des animaux, lue sur le poids des jeunes et la longueur de leur patte arrière, qui diminuent quand la nourriture manque ;
- la consommation de flore, notée sur des placettes permanentes, qui traduit la pression sur la flore et sur le renouvellement des peuplements.
Ces chiffres de population ne donnent pas un effectif absolu mais une direction. Leur force tient dans la gestion adaptative : les attributions changent quand les indicateurs bougent, et l'évaluation des populations se refait chaque saison.
Placette témoin ou comptage des plants abroutis : deux usages
Les deux méthodes de terrain se complètent plus qu'elles ne s'opposent. La placette grillagée fournit une démonstration, le comptage des tiges broutées fournit une série.
| Critère | Placette grillagée témoin | Comptage des plants abroutis |
|---|---|---|
| Matériel | Petit grillage à poser et à entretenir | Aucun, un parcours fixe à suivre |
| Ce qu'il montre | L'écart entre végétation protégée et exposée | La part de plants à la flèche consommée |
| Délai de lecture | Quelques mois, net en deux ou trois saisons | Une tendance d'un hiver à l'autre |
| Usage principal | Preuve visuelle devant la commission | Suivi régulier des jeunes peuplements |
Plants broutés et grand gibier : réponses pour le propriétaire
Quand compter les plants abroutis ?
Le comptage des plants abroutis se fait chaque hiver à la même période, idéalement juste avant le débourrement, et sur le même cheminement, pour que les résultats restent comparables d'une saison à l'autre.
Un plant brouté sur les côtés est-il perdu ?
Un plant brouté seulement sur les côtés se rattrape. Seule la flèche coupée à répétition déforme la tige et lui fait perdre plusieurs saisons de croissance.
Y a-t-il trop de cervidés en France ?
Le nombre de cervidés en France a fortement augmenté depuis la généralisation du plan de chasse dans les années 1970, et les tableaux de chasse publiés par l'OFB en témoignent. La surpopulation de cervidés reste toutefois locale : un massif peut souffrir d'une population excessive quand le voisin garde un équilibre correct, d'où l'intérêt d'une mesure parcelle par parcelle.
Protéger les plants sans attendre la régulation
La gaine individuelle permet de protéger une plantation contre le gibier quand la densité de plants reste faible, comme en peupleraie ou à large écartement, mais son coût devient prohibitif au-delà. L'engrillagement collectif revient moins cher à l'hectare sur un semis dense, à condition d'entretenir la clôture : un grillage percé non réparé ne protège rien et concentre même les animaux à l'intérieur.
Le sous-bois offre aussi une défense naturelle. Une ronce maintenue autour des semis, des branches de taille laissées en andains ou le houx en sous-étage des hêtraies-chênaies freinent l'accès des animaux sans un euro de matériel. Ces actions concrètes réduisent la casse, mais elles ne remplacent pas une régulation des populations adaptée à la capacité d'accueil du massif.
Gestion des cervidés : ce que les mesures permettent de demander
La gestion des cervidés repose en France sur le plan de chasse, l'outil réglementaire sur lequel ces données pèsent. Le code de l'environnement, dans son article L425-6, fixe pour chaque espèce soumise un nombre minimum et un nombre maximum d'animaux à prélever, et lui assigne de concilier les intérêts agricoles, sylvicoles et cynégétiques. Pour le grand gibier, le préfet arrête ces attributions à l'échelle du département, après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage.
Un propriétaire qui arrive avec une placette témoin photographiée et plusieurs hivers de comptages apporte exactement ce que le texte demande de prendre en compte : l'état de la forêt. Ces observations pèsent davantage qu'une plainte orale. Le propriétaire qui loue son droit de chasse peut aussi inscrire dans le bail de chasse conclu avec une société des objectifs de prélèvement et un suivi partagé des dégâts, ce qui transforme la pression de chasse en levier de gestion durable.
Bâtir un plan d'action sur plusieurs saisons
Un plan d'action efficace contre la dent du gibier suit une logique simple : mesurer, protéger les plants les plus précieux, puis négocier la régulation. Les stratégies de gestion qui réussissent associent propriétaires, chasseurs et techniciens autour des mêmes chiffres, partagés chaque saison avant l'ouverture de la chasse.
Concrètement, l'approche adaptative tient en quelques étapes : poser une placette grillagée dès la coupe de renouvellement, réaliser le premier comptage l'hiver suivant, conserver les photographies et les fiches dans le document de gestion, puis présenter la série à la fédération et à la direction départementale des territoires. La préservation des ressources forestières passe par cette continuité : une seule mesure se conteste, cinq hivers de comptages concordants se discutent rarement.















