Une forêt mélangée associe sur la même parcelle plusieurs essences, chêne et pin, hêtre et sapin, feuillus et conifères, qui partagent la lumière, l'eau et le sol. Ce mélange d'essences rend le peuplement plus résistant face aux insectes ravageurs, aux tempêtes et à la sécheresse, sans sacrifier la production de bois.
Ce qu'on appelle un peuplement forestier mélangé
Un peuplement forestier mélangé se définit par la présence d'au moins deux essences dont aucune ne domine à elle seule le couvert forestier. L'Inventaire forestier national retient cette approche par la part du couvert : une parcelle de chêne ponctuée de quelques bouleaux reste un peuplement pur, alors qu'une futaie où le pin maritime et le chêne pédonculé se partagent l'espace forme une forêt mélangée. En France, une grande partie des forêts privées est déjà composée de plusieurs espèces d'arbres, souvent par héritage d'une dynamique naturelle plutôt que par choix sylvicole.
La composition du mélange compte autant que le nombre d'essences. Une association chêne sessile (Quercus petraea) et hêtre n'a pas le même comportement qu'un mélange de pin sylvestre (Pinus sylvestris) et de chêne. Le forestier regarde la structure du peuplement, la hauteur de chaque essence, son tempérament vis-à-vis de la lumière et sa vitesse de croissance, afin de prévoir laquelle prendra le dessus si personne n'intervient.
Sommaire
- Ce qu'on appelle un peuplement forestier mélangé
- Quels sont les types de peuplements forestiers mélangés ?
- Quels sont les avantages des forêts mélangées ?
- Comment les forêts mélangées luttent-elles contre les ravageurs ?
- Forêt mélangée et changement climatique : une assurance, pas une garantie
- Quelles essences pour une forêt mélangée ?
- Comment gérer une forêt mélangée ?
Quels sont les types de peuplements forestiers mélangés ?
Les types de peuplements forestiers mélangés se distinguent par la façon dont les essences se répartissent sur la parcelle. Le tableau compare les quatre formes rencontrées dans la région, de la plus exigeante en suivi à la plus simple à conduire.
| Type de mélange | Disposition | Intérêt | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Pied à pied | Essences alternées arbre par arbre | Interaction maximale entre espèces | Une essence à croissance rapide étouffe l'autre |
| Par bouquets ou parquets | Groupes de quelques ares d'une même essence | Gestion de chaque groupe à son rythme | Lisières internes à surveiller lors des coupes |
| Par lignes | Rangs alternés en plantation | Mise en place simple, entretien mécanisable | Effet de mélange plus faible que pied à pied |
| Étagé | Essence de lumière au-dessus, essence d'ombre en sous-étage | Sol protégé, troncs gainés, futaie irrégulière possible | Le sous-étage doit rester sous contrôle |
Quels sont les avantages des forêts mélangées ?
Les avantages des forêts mélangées tiennent d'abord à la complémentarité des essences. Deux espèces qui n'exploitent pas le sol à la même profondeur, ne débourrent pas au même moment et ne captent pas la lumière à la même hauteur se gênent moins que deux arbres identiques. Les travaux de Hans Pretzsch et de ses collègues sur les mélanges pin sylvestre et hêtre, publiés en 2015 dans l'European Journal of Forest Research, montrent une productivité souvent supérieure à celle des peuplements purs correspondants, surtout sur les stations pauvres.
La productivité n'est pas le seul intérêt. Une forêt mélangée offre au propriétaire plusieurs produits, bois d'œuvre de chêne, bois de pin pour la charpente ou l'emballage, bois de chauffage issu des éclaircies, et donc plusieurs marchés. Pour la biodiversité, la diversité des essences multiplie les litières, les écorces et les micro-habitats, ce qui profite à la faune sauvage, aux champignons et aux oiseaux, comme le détaille la page sur la richesse en espèces des milieux forestiers. Le mélange ne garantit pas tout : une essence mal adaptée à la station reste fragile, même entourée d'autres arbres.
Comment les forêts mélangées luttent-elles contre les ravageurs ?
Les forêts mélangées freinent les insectes ravageurs par un mécanisme que les écologues nomment résistance par association. Un insecte spécialisé, comme la chenille processionnaire du pin ou un scolyte de l'épicéa, trouve plus difficilement son hôte quand celui-ci est dispersé parmi d'autres espèces. La méta-analyse d'Hervé Jactel et Eckehard Brockerhoff, publiée en 2007 dans Ecology Letters, conclut que les dommages causés par les insectes spécialistes sont en moyenne plus faibles dans les peuplements mélangés que dans les monocultures.
La protection vient aussi des prédateurs. Les oiseaux insectivores, les chauves-souris et les insectes parasitoïdes trouvent dans un écosystème diversifié des abris et des proies tout au long de l'année. Cette résistance a des limites : un ravageur généraliste ou un pathogène qui attaque plusieurs essences, comme certains champignons racinaires, ne s'arrête pas au mélange. La lutte contre les dégâts d'ongulés passe, elle, par d'autres moyens, et les protections individuelles et les clôtures contre le gibier restent souvent nécessaires dans une jeune forêt mélangée.
Forêt mélangée et changement climatique : une assurance, pas une garantie
La forêt mélangée répond au changement climatique par la répartition du risque. Les sécheresses répétées depuis 2018 ont touché le hêtre, l'épicéa et certains chênes pédonculés de l'Ouest, et un propriétaire qui ne compte qu'une essence perd tout lorsque celle-ci dépérit. Avec deux ou trois essences, la mort de l'une laisse un couvert forestier en place, qui protège le sol et facilite la régénération.
La résilience d'un peuplement mélangé dépend toutefois des essences choisies. Associer deux arbres sensibles au manque d'eau ne protège de rien ; l'adaptation passe par le mélange d'une essence en place, bien connue sur la station, avec une essence plus tolérante à la chaleur, comme le pin maritime, le pin laricio ou le chêne pubescent selon les sols. Dans le contexte de la région, le Centre national de la propriété forestière (CNPF) suit plusieurs parcelles de mélange pour mesurer ces effets sur la durée : les résultats complets demandent plusieurs décennies, et personne ne peut encore dire quel mélange résistera le mieux en 2070.
Quelles essences pour une forêt mélangée ?
Les essences d'une forêt mélangée se choisissent d'après la station, puis d'après leur complémentarité. Le sol, sa profondeur, sa réserve en eau et son acidité éliminent d'emblée une partie des candidates ; parmi celles qui restent, le forestier cherche des tempéraments différents. Voici des associations courantes dans l'Ouest :
- chêne sessile (Quercus petraea) et pin sylvestre (Pinus sylvestris) sur sols sableux ou limoneux acides ;
- chêne et pin maritime (Pinus pinaster) sur les landes et sols filtrants ;
- chêne et hêtre, ou chêne et charme en sous-étage, sur sols frais et profonds ;
- douglas et feuillus précieux, merisier ou alisier, en lisière de parcelle ;
- pin laricio (Pinus nigra subsp. laricio) et chêne rouge (Quercus rubra) sur sols pauvres et bien drainés.
Le sapin pectiné, très présent dans les forêts mélangées des Alpes et du Jura avec le hêtre et l'épicéa, reste marginal en Pays de la Loire, où le climat lui est moins favorable. L'objectif n'est pas d'accumuler les espèces, mais d'associer des essences dont les besoins se complètent ; la conduite propre à chaque essence forestière aide à vérifier cette compatibilité avant de planter.
Comment gérer une forêt mélangée ?
La gestion d'une forêt mélangée repose sur le dosage des essences à chaque intervention. Chaque passage en coupe vise à favoriser l'essence qui risque d'être dominée, au moment où elle commence à l'être. En pratique, le sylviculteur dégage les jeunes chênes envahis par le bouleau, desserre les pins qui concurrencent un sous-étage de hêtre, ou au contraire maintient un accompagnement pour gainer les troncs des feuillus.
Créer le mélange : plantation ou régénération
Le mélange se crée par plantation, en lignes ou en bouquets, ou en profitant de la régénération naturelle des semenciers présents. Le choix entre ces deux voies dépend des essences déjà en place et de la pression du gibier ; le choix entre semis naturels et plants de pépinière se raisonne parcelle par parcelle. Une plantation par bouquets reste la mise en œuvre la plus facile pour un propriétaire peu disponible.
Conduire les éclaircies et les coupes
Les éclaircies d'une forêt mélangée doivent favoriser les plus beaux arbres de chaque essence, pas seulement les plus gros. Une gestion sylvicole en futaie irrégulière se prête bien au mélange, car les coupes prélèvent arbre par arbre et laissent les essences d'ombre se développer. Le plan simple de gestion, obligatoire selon le Code forestier à partir de 20 hectares, d'un seul tenant ou en plusieurs parcelles proches, décrit ces objectifs et la place de chaque essence ; un technicien du CNPF peut aider à le rédiger.












